société

Elles sillonnent la France à bord de leur van

Instagram / @the_roadtrippers


Renforcée depuis la fin du confinement, la tendance de la “vanlife” tente de plus en plus de femmes, que ce soit pour un week-end, quelques mois ou pour la vie. Enquête.

Ils s’appellent Didier, Poussin ou encore Cacou, sont passe-partout ou de couleur vive, recouvert de stickers ou non, et sont souvent plus âgés que leurs propriétaires. L’on ne parle pas d’animaux de compagnie mais de vans aménagés, qui séduisent de plus en plus de Français·e·s , qui vivent à bord seul·e·s ou en couple. “C’est comme une petite maison, on vit dedans, on dort dedans, on ne le voit plus comme un véhicule. Lui donner un surnom témoigne d’un besoin d’appropriation”, explique Camille Visage, co-autrice du blog The Roadtrippers, et autrice du livre Vanlife en France, paru en juin. “À la sortie du livre, on a noté un intérêt grandissant pour ce mode de vie, ce que m’ont confirmé plusieurs loueurs de vans aménagés cet été”, détaille-t-elle. 

 

Liberté et organisation

Pour Camille, 25 ans, l’aventure était déjà au programme avant le confinement: elle avait décidé de partir découvrir à l’Ecosse au sein de son “Nimbus 2000” en avril. Un projet avorté à cause du Covid-19, mais la période l’a confortée dans l’idée qu’elle souhaitait changer de mode de vie. Lors de sa dernière année d’études en alternance à Paris, la jeune femme passait deux heures par jour dans les transports. “Ça m’a un peu fait péter les plombs, on se réveille le lundi matin en ayant hâte d’être au vendredi soir”, confie-t-elle. Depuis juillet, elle vogue seule dans son Combi Volkswagen orange sur les routes de France, et se réveille chaque matin avec une vue différente. “En ce moment, c’est l’océan. C’est la première fois de ma vie que je me sens aussi libre”, se réjouit celle qui a dû s’adapter à un nouveau mode de vie. Principales difficultés rencontrées: trouver de l’eau, surveiller sa consommation d’électricité (son van est équipé de panneaux solaires) et surtout trouver Internet pour travailler à distance partout où la jeune femme s’installe. “Je fais des toilettes de chat plutôt que de prendre de vraies douches tous les jours”, s’amuse-t-elle.

L’organisation est en effet une priorité pour de nombreux·ses vanlifers, comme Aude, 25 ans également. “Vivre dans un si petit espace demande de l’organisation et un rythme qui permet de concilier travail et découverte”, témoigne cette community manager, qui a passé plusieurs mois à sillonner les routes australiennes en van. Depuis son retour, l’an dernier, elle réfléchit à acheter un van pour partir faire le tour de l’Europe, et arpente en attendant la Côte Ouest à bord de “Wavy, sa Logan Dacia aménagée pour l’occasion.

 

Une philosophie de vie

En 2019, Issia a quant à elle visité les 28 pays de l’Union européenne en 182 jours à bord d’un van aménagé et tout équipé -évier, table de cuisson, hotte, frigo, chauffage, bac à douche…-, projet qu’elle a longuement mûri et préparé. Il a tout d’abord fallu économiser, et pour cela elle avoue être “devenue minimaliste”, en se séparant de son appartement, de sa voiture et de quelques biens personnels. Quand on demande aux vanlifeuses si leur mode de vie est accessible financièrement, toutes assurent que vivre en van permet d’économiser un loyer et des charges, tandis que voyager en van est moins coûteux que de réserver des hôtels et manger au restaurant. “La van life a évolué, c’est une philosophie de vie, qu’importe le nombre de kilomètres parcourus”, assure Issia. À travers son périple, elle a aussi voulu effectuer “un acte féministe: il est courant de voir des filles seules au volant de leur van en Australie et dans l’Ouest américain, nos voisines allemandes sont nombreuses à le faire… J’ai envie de faire évoluer les préjugés français. Quand j’ai annoncé mon roadtrip sur Instagram, j’ai reçu une déferlante de critiques: ‘une fille ne peut pas faire ça, c’est trop dangereux’, ou encore ‘tu vas te faire agresser’, ‘les femmes ne connaissent rien à la mécanique’, ‘il serait temps que tu te maries et aies des enfants au lieu de t’acheter un camion’. Je ne m’attendais pas à ce genre de propos”, se remémore cette vanlifeuse de 35 ans. Avant le grand départ, Issia a listé tous les potentiels “risques” à voyager seule, et a notamment participé à des cours de boxe et d’auto-défense, “pour garder mon sang-froid et savoir réagir en cas d’extrême urgence”.

 

Plus en sécurité que dans les rues de Paris

Malgré quelques contraintes de confort, la plupart des vanlifeuses partagent néanmoins un grand sentiment de sécurité dans leur van.  “Je me sens plus en sécurité dans mon petit van que seule le soir dans les rues de Paris”, affirme ainsi Camille. Pour autant, cette question a traversé l’esprit de nombreuses femmes qui souhaitent se lancer dans l’aventure, comme l’explique l’ex-Parisienne: “J’essaie de montrer que c’est possible, il faut toujours faire attention, mais quand on est vigilante et bien équipée, ça se passe bien. J’ai un GPS caché dans le van si on essaie de me le voler, et j’ai aussi une bombe à poivre et un couteau”, précise-t-elle. Issia avait quant à elle partagé son itinéraire jour après jour à son meilleur ami, afin qu’il puisse signaler sa dernière position en cas d’absence de nouvelles de sa part. Quand son aventure s’est terminée, elle a dû revendre son van lors du confinement. “Je me suis effondrée en larmes lors de la remise des clefs à sa nouvelle propriétaire, mais je relativise aujourd’hui en me disant que j’ai passé le flambeau à une autre voyageuse solitaire. Cette transmission a quelque chose de symbolique pour moi”, sourit-elle. Une nouvelle forme de sororité est née. 

Delphine Le Feuvre


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