société

Interview “Top Cheffe”

La cheffe Nina Métayer ouvre Délicatisserie, une pâtisserie 100% en ligne

© Mathieu Salomé


À 32 ans, Nina Métayer, pâtissière originaire de La Rochelle, a ouvert mi-décembre Délicatisserie, une pâtisserie parisienne uniquement en ligne. Une petite révolution dans un monde très codifié, qui s’ancre dans une volonté globale de faire bouger les choses.

Les amateur·rice·s de concours de cuisine à la télévision se souviennent peut-être de son passage, en 2015, dans l’émission Qui sera le prochain grand pâtissier? sur France 2, où elle s’était hissée jusqu’en finale. Cinq ans plus tard, Nina Métayer, désormais maman de deux petites filles, ouvre sa première boutique parisienne, avec la complicité de son mari entrepreneur. Sa particularité? Être 100% digitalisée. Forte de son expérience dans les plus grandes maisons de la capitale, comme au Raphaël ou au Grand Restaurant de Jean-François Piège, la cheffe s’inscrit dans l’air du temps avec un concept durable et éthique. Pour goûter à ses créations, il suffit de commander en ligne, en quelques clics, les gâteaux que l’on souhaite déguster, qui seront ensuite réalisés à la demande. Ainsi, la trentenaire entend limiter le gaspillage, encore trop courant dans le secteur. “Mes poubelles sont vides, on ne jette quasiment rien”, affirme-t-elle. 

Également au cœur de son projet, le bien-être de ses équipes: “On ne peut pas prôner que l’on fait les choses bien, avec de beaux produits, alors que derrière c’est l’horreur pour les équipes. On ne peut pas demander aux gens de mettre de l’amour dans ce qu’ils font si eux-mêmes n’aiment pas ce qu’ils font. Pour moi, c’est l’humain avant tout”, explique-t-elle. Pour ce faire, les productions réalisées l’après-midi seront privilégiées, dans un milieu où le personnel se lève souvent très tôt pour travailler. À l’heure du lancement de son nouveau projet, Nina Métayer a répondu à notre interview Top Cheffe. 

 

Comment t’est venue la passion de la pâtisserie?

Un peu par hasard. Je suis partie au Mexique à 16 ans, j’ai adoré ce pays et je me suis demandé comment faire pour y habiter plus tard. Je me suis dit “Pourquoi pas y ouvrir une boulangerie?”, alors après mon bac, j’ai passé un CAP dans ce domaine. Après un séjour en Australie pour apprendre l’anglais, j’ai intégré l’école Ferrandi à Paris. J’avais 21 ans et j’ai fait un apprentissage en pâtisserie. C’est ensuite au Meurice que je suis tombée amoureuse de la pâtisserie, mais au départ je n’aimais pas forcément les gâteaux, j’en faisais pour faire plaisir à mes proches.

Qu’est-ce qui te plaît dans la pâtisserie?

J’aime l’idée de partager un moment avec quelqu’un, et la pâtisserie est un pur moment de gourmandise et de bonheur, ce n’est pas du tout un besoin. Quand on fait des gâteaux, on fait partie des moments de vie importants des gens, on est là pour les anniversaires, les baptêmes, les mariages… Je fais surtout de la pâtisserie pour les autres: j’aime bien manger des gâteaux, mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est offrir mes gâteaux. 

Pourquoi et comment as-tu eu l’idée de Délicatisserie?

C’est un projet qui remonte à plusieurs années, car je suis entourée d’entrepreneurs très connectés dans ma famille. J’ai beaucoup aimé travailler pour les autres, mais à un moment je n’étais plus du tout en accord avec mes convictions. Quand on travaille pour quelqu’un, on ne fait pas à 100% ce que l’on veut. D’où mon chemin vers l’indépendance. Pourquoi en ligne? Parce qu’on est convaincus que le digital peut être au service de l’artisanat. Ça me permet aussi de pouvoir acheter de bonnes matières premières que je paie correctement, d’avoir un travail maîtrisé au laboratoire, ne pas esclavagiser mes équipes. Enfin, je maîtrise les pertes. J’offre ainsi un prix justifié au client, rémunérateur pour tou·te·s . Le digital me permet de réduire les coûts qui n’ont pas lieu d’être pour moi actuellement, à savoir les coûts d’une boutique. 

 

 
 
 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Une publication partagée par Délicatisserie (@delicatisserieofficiel)

Quels produits aimes-tu le plus travailler?

J’aime bien les fruits secs car on peut les travailler à toutes les saisons, c’est intemporel. Le chocolat aussi, qui est un peu comme le vin: il y a autant de saveurs que de chocolats. J’adore aussi cuisiner des galettes, j’adore le beurre, le travail de la pâte, le tourage.

Qu’est-ce que tu cuisines chez toi?

C’est un peu la course dans ma vie, donc je cuisine des choses très simples, et surtout le week-end. Dans notre maison en Normandie, on aime préparer une côte de bœuf à la cheminée, avec des frites. L’an dernier, j’ai mis au point une tarte aux pommes et au camembert, qu’on fait tous les dimanches.

Ta junk food préférée?

J’adore les burgers maison et les pizzas -je fais ma pâte au levain et on met les restes du frigo dessus!

Quelles sont tes adresses préférées à Paris et à La Rochelle?

À Paris, j’aime beaucoup Pouliche d’Amandine Chaignot, les restaurants Coretta et Neva, de Beatriz Gonzales, et le restaurant Kitchen Terre de William Ledeuil. À La Rochelle, il y a un camion à pizzas devant la gare, c’est mon incontournable quand je m’y rends!

 

 
 
 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Une publication partagée par Nina Métayer (@ninametayer)

Comment faire progresser le nombre de femmes cheffes, notamment en pâtisserie?

Il faut donner confiance aux femmes. On est encore dans un milieu très macho, on avance mais il faudra quelques générations pour effacer ça. C’est une question d’éducation et ça passe par des petits détails. Quand on est commis, tout le monde nous aide, alors que déjà on ne devrait pas nous aider. On veut sauver la petite princesse. Ensuite, plus on monte en grade, plus c’est compliqué, car les gens ne font pas confiance aux femmes. Il faut communiquer sur ces petits détails qui ne sont pas anodins, sur les gestes, les tournures de phrase, l’espace qu’on laisse aux femmes.

Si tu étais jurée Top Chef, qui prendrais-tu dans ton jury?

Je constituerais un jury avec une majorité de femmes, parmi lesquelles Flora Mikula, Jessica Préalpato, Myriam Sabet, Claire Heitzler et Christelle Brua… et tellement d’autres! (Rires.)

Propos recueillis par Delphine Le Feuvre


NE MANQUEZ JAMAIS UN ARTICLE