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“Mon nom est clitoris”: un documentaire percutant et drôle sur la sexualité féminine

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Sorti en Belgique et en Suisse, le documentaire Mon Nom est clitoris, réalisé par deux jeunes femmes, projeté à la 25ème édition du festival Chéries-Chéris, cherche encore un distributeur en France.

Des livres, des podcasts, des documentaires sur le plaisir féminin, j’en reçois énormément et de plus en plus, alors évidemment il m’est quasi impossible de tout lire, écouter ou voir. Mais cette fois-ci, j’ai jeté un oeil et j’ai bien fait car ce documentaire intitulé Mon Nom est clitoris vaut largement le détour.

Projeté à Paris à l’occasion du festival Chéries-Chéris du 16 au 26 novembre, ce film sort du lot par sa capacité à structurer une pensée pertinente sur un sujet aussi délicat -et pointu finalement- que la sexualité féminine. En interrogeant une dizaine de jeunes femmes entre 20 à 25 ans, les deux réalisatrices, Lisa Billuart Monet et Daphné Leblond, âgées respectivement de 24 et 28 ans, dressent un portrait en creux des difficultés et des injonctions auxquelles sont confrontées les femmes dans leur sexualité aujourd’hui. De la masturbation à la découverte de leur clitoris et des toutes premières sensations de plaisir, en passant par l’orgasme et le consentement, les femmes qui se livrent face caméra dans ce documentaire le font avec beaucoup de maturité, de sincérité et d’humour. Pour en savoir plus, on a interviewé les deux réalisatrices.

 

“Mon nom est clitoris”: un documentaire sur la sexualité féminine à voir absolument

Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet © Zoé Piret

Qu’est-ce qui vous a poussées à réaliser ce documentaire?

Lisa Billuart Monet: Nos problèmes sexuels! C’est parti d’une conversation qu’on a eue toutes les deux, pendant laquelle on a parlé de nos expériences personnelles de la masturbation et de la pénétration.

Daphné Leblond: En discutant, on a fait deux constats rapides et sans appel: le premier, c’est que la masturbation féminine reste encore très taboue, d’ailleurs c’était la première fois qu’on en parlait ensemble et on avait plus de 20 ans! Le second constat, c’est que la pénétration est un passage obligatoire dans les rapports hétéros et que c’est même ce qui définit l’acte sexuel. On a voulu comprendre pourquoi.

L.B.M.: J’ai commencé ma sexualité avec des filles et pendant mon adolescence, on m’a beaucoup demandé comment on faisait l’amour entre femmes. C’était comme si on me considérait encore vierge alors que j’étais en couple… À partir du moment où j’ai commencé à fréquenter des hommes, le fait que la pénétration soit un passage obligé m’est tombée dessus.

D.L.: Ces sujets nous ont donné envie de faire ce film, on avait envie d’entendre d’autres femmes parler de ça. Et puis, le propos est émotionnellement et politiquement fort. C’est le documentaire qu’on aurait voulu voir à l’adolescence et qu’on a décidé de faire nous-mêmes!

 

Bande-annonce de Mon Nom est clitoris

Est-ce qu’il a été difficile de convaincre les jeunes femmes de témoigner à visage découvert?

L.B.M: On n’a pas eu l’impression d’avoir à les convaincre, on a demandé à des amies proches avec lesquelles on avait déjà parlé de sexualité et la plupart ont dit oui rapidement car ça répondait à un besoin chez elles de parler de ce sujet. Par exemple, l’une des jeunes femmes aborde la question du vaginisme dans le film, il y a dans son témoignage une volonté d’informer sur ce trouble sexuel et de faire de la pédagogie.

D.L.: Dès le début, plusieurs d’entre elles nous ont expliqué avoir manqué de modèles auxquels s’identifier, et elles se sont dit qu’elles allaient témoigner pour cette raison, dans une optique de sororité.

Qu’est-ce qui vous a le plus marquées durant le tournage?

D.L.: Ce qui nous a le plus surprises, ce sont toutes nos différences en matière de désir et de plaisir: finalement en matière de sexualité, il n’y a rien d’universel, rien qui marche pour tout le monde.

L.B.M.: Ce qui m’a marquée aussi, ce sont leurs récits de vie qui sont parfois très durs mais qu’elles ne conscientisent pas de cette façon-là, comme celle qui nous raconte sa première fois, dit que ça s’est bien passé mais que son mec s’est énervé car il n’arrivait pas à la pénétrer…

La parole sur la sexualité féminine vous semble-t-elle aujourd’hui, d’une part, libérée, et d’autre part, écoutée?

L.B.M.: Oui, je préfère dire que c’est une libération de l’écoute car il me semble que les femmes ont toujours parlé. Après #MeToo, elles se sont encore davantage exprimées, notamment sur les violences sexuelles qu’elles subissent. Je suis persuadée que la parole amène la parole.

En quoi Mon Nom est clitoris est-il un film féministe?

L.B.M.: Le film montre qu’on milite pour une égalité sexuelle, une égalité des savoirs pratiques et scientifiques sur nos corps et enfin, une égalité orgasmique! Selon une étude américaine récente, dans un rapport hétéro, 95% des hommes arrivent à l’orgasme contre seulement 65% des femmes! Alors que dans un rapport homo, ce sont 85% des femmes qui y arrivent! Ce n’est donc pas une fatalité!

Propos recueillis par Julia Tissier


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