société

Koun, l'ONG libanaise qui diffuse le yoga dans les camps de réfugié·e·s 

Sandy Boutros, DR


“Rendre le yoga accessible à ceux qui en ont besoin.” Une devise qui frappe dès la page d’accueil du site de Koun, l’ONG fondée par Sandy Boutros, jeune yogi libanaise qui compte bien amener le yoga au sein des communautés défavorisées.

Comme beaucoup, Sandy Boutros a eu une autre vie avant de se tourner vers le yoga. Pendant cinq ans, la jeune femme a travaillé en agence de publicité à Beyrouth. Une expérience stimulante mais qui, après quelques années, ne lui apportait plus assez de satisfaction personnelle. “Quand j’ai eu 25 ans, j’ai ressenti le besoin d’un changement de vie et de faire quelque chose qui nourrisse mon âme. J’ai donc quitté mon travail et je suis partie en Inde pour prendre un cours avancé d’études en yoga.” Elle passera quatre mois dans dans l’état du Bihar, lieu de naissance du culte bouddhiste et du jaïnisme, à approfondir sa connaissance et pratique du yoga. Une période salvatrice qui change son état d’esprit pour toujours, et qu’elle souhaite partager avec les autres. “La pratique du yoga et de la méditation m’ont permis de reprogrammer mon esprit, ce qui a entièrement changé ma vie. Je crois au pouvoir de l’esprit et ma mission est de fournir des outils pour maîtriser ce dernier aux personnes qui n’y ont pas accès.

Quand elle revient au Liban en 2016, elle devient alors bénévole pour quelques ONG comme le Migrant Community Center et donne des cours de yoga dans les camps de réfugiés syriens au Akkar ou dans la Bekaa. Une aventure difficile mais qui porte ses fruits. “Au début, il était compliqué pour moi de ne pas me laisser affecter émotionnellement par la pauvreté et le chaos qui règnent dans les camps. Avec le temps, j’ai commencé à me détacher complètement de la situation dans laquelle ils vivent afin de me concentrer uniquement sur la pratique du yoga et sur la manière dont elle peut avoir un impact positif sur leur bien-être.” 

 

Rendre le yoga accessible

Après plusieurs années d’enseignement, bien déterminée à répandre les graines du yoga plus loin et plus durablement, la jeune yogini lance Koun (“être” en arabe), une association qui cherche à rendre le yoga accessible aux communautés défavorisées. “Les gens ont besoin d’espoir et de moments pour déconnecter de leur dure réalité en reprenant contact avec eux-mêmes et en trouvant une paix intérieure. Le yoga est un outil qui, une fois appris, reste avec chacun pendant toute une vie et peut être appliqué partout, à n’importe quel moment.” L’ONG propose ainsi des classes aux femmes palestiniennes du camp de Shatila en banlieue de Beyrouth, avec l’aide de Shatila Studio, ainsi qu’aux enfants des camps de réfugié·e·s syrien·ne·s de Tal Abbas à Akkar et à Tripoli dans le nord du pays. Mais aussi aux travailleur·se·s migrant·e·s en collaboration avec le Migrant Community Center. Des cours qui offrent une bulle d’oxygène à ces populations fragilisées en leur apprenant à mieux gérer leur stress et leurs émotions. “Le yoga leur permet de relâcher les tensions émotionnelles à travers la relaxation, mais aussi d’améliorer le sentiment de satisfaction et de confiance.” L’accent y est aussi mis sur la mixité et l’inclusion: “Nous nous assurons toujours que les classes comprennent un mélange de filles et de garçons afin de créer un sens de communion et de connexion entre les genres.

Dans le futur, Sandy Boutros espère étendre la portée du yoga à un maximum de communautés; à travers la création de structures dédiées. “Aujourd’hui, je donne des cours dans des lieux informels, parfois sales et bruyants, ce qui n’est pas toujours idéal. Plus tard, j’aimerais créer des espaces qui soient conçus comme des cocons afin de permettre aux communautés défavorisées de bénéficier d’une expérience complète de yoga à travers des structures de yoga adaptées, mais aussi mettre en place des formations pour entraîner de nouveaux professeurs qui pourront promouvoir le yoga dans leurs propres communautés. 

Lou Mamalet


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