société

A la tête du restaurant Mingway, Eva Jaurena s’engage pour une gastronomie solidaire

Eva Jaurena © Centre National de la Danse


Fondatrice de l’association de consommation solidaire Ernest, Eva Jaurena a aussi créé Mingway, une cantine intégrée au sein du Centre National de la Danse, à Pantin. C’est là qu’aura lieu en septembre ou octobre prochain un grand banquet festif et engagé, orchestré par 20 cheffes. 

Plus que jamais, la solidarité est nécessaire. Après avoir dû annuler ce qui aurait dû être l’événement phare de son printemps, “Cheffes”, un banquet imaginé par vingt cheffes bénévoles, Eva Jaurena s’active pour le faire renaître à la rentrée. Il faut dire que le projet réunit les deux choses qui animent cette entrepreneuse de 31 ans: “L’amour de la cuisine et la solidarité.” 

Ernest, c’est le nom de l’association que la jeune femme a fondée en 2015, dont le but est de créer un lien entre les restaurateur·rice·s et l’aide alimentaire locale. C’est l’auteur préféré d’Eva, Ernest Hemingway, qui a inspiré le nom de ses deux bébés -Ernest et Mingway, sa cantine inaugurée en 2019 au sein du Centre National de la Danse, à Pantin. Le principe d’Ernest? Les quelque 200 restaurateur·rice·s partenaires majorent de quelques centimes un plat, une formule ou un café. L’argent ainsi récolté est reversé à des associations de distribution alimentaire de quartier, et sert aussi à financer en partie des paniers de fruits et légumes bios, destinés à des familles en situation de précarité, “les paniers d’Ernest”. Pour boucler la boucle, les végétaux sont cultivés en circuit court dans des jardins d’insertion, situés à Sevran, en région parisienne. Une initiative qui a valu à Ernest de remporter, dès l’année de son lancement, le trophée de l’Économie Sociale et Solidaire de la Mairie de Paris. Pendant le confinement, des milliers de repas ont été distribués à travers eux grâce à des dons et à de nombreux·ses bénévoles, permettant de fournir des repas à des associations qui aident les SDF, les jeunes migrant·e·s isolé·e·s ou encore les pensionnaires d’hôtels sociaux. 

 

Du “charity” anglo-saxon à l’associatif en France

Avant de monter Ernest, Eva Jaurena a initié de nombreux projets, entre la France et l’Angleterre. À commencer par un cinéma indépendant lancé à seulement 19 ans dans une petite ville au sud de Birmingham, “Le Régal”, désormais le plus fréquenté du pays. Forte de ses cinq ans passés outre-Manche et d’une expérience au sein de l’ONG anglaise Oxfam, Eva Jaurena commence à plancher sur un projet d’association en France, qui lierait “business et charity”. Entre-temps, elle effectue aussi un passage au sein du cabinet du Premier ministre, en France, pour travailler sur des questions d’aide au développement. “J’ai vu toutes les échelles de la solidarité, au niveau civil et au niveau associatif”, résume celle qui a toujours préféré le terrain aux études. Elle a néanmoins fini par passer de l’autre côté et devenir professeure, en créant un cours d’économie sociale au sein du master “management des projets internationaux” à la Sorbonne. “Je n’ai plus un âge où je parais jeune pour les choses que je fais”, sourit-elle lorsque l’on s’étonne de son impressionnant CV. Depuis 2015, Ernest s’est développé avec un modèle économique viable dans plusieurs villes en dehors de Paris, à Bordeaux de manière permanente, et à Toulouse et Londres pour des événements plus ponctuels. 

 

Mettre en avant les femmes, “une évidence”

Au-delà des partenariats avec les restaurateur·rice·s, ceux·celles-ci sont également invité·e·s à se rencontrer lors d’événements caritatifs auparavant surnommés “Ernest fest”, qui visent à sortir les chef·fe·s de leurs cuisines et à rendre la gastronomie accessible. Inspirée de son père, ancien journaliste sportif à L’Équipe, et de sa sœur footballeuse professionnelle, Eva Jaurena a notamment pensé à inviter des sportif·ve·s de haut-niveau à endosser le rôle de commis le temps d’un déjeuner ou d’une soirée. 

À la rentrée, ce sont les cheffes qui seront à l’honneur le temps d’un dîner chez Mingway. “Une évidence” pour Eva Jaurena, qui souligne qu’il y a une majorité de femmes au sein d’Ernest, notamment l’actuelle présidente ou encore la secrétaire générale. “Les cheffes sont aussi devenues nos amies”, affirme-t-elle. Proche des équipes de la newsletter féministe Les Glorieuses, Eva Jaurena renchérit: “On est nourri·e·s par ces combats au quotidien.” L’événement sera d’ailleurs marrainé par Estérelle Payany, journaliste culinaire et co-autrice du livre Cheffes : 500 femmes qui font la différence dans les cuisines de France, qui tire le portrait de 500 femmes restauratrices. Au menu des festivités: des assiettes à petits prix mitonnées en duo par des cheffes comme Céline Pham, Amandine Chaignot ou encore Manon Fleury, à arroser de vins sélectionnés chez des vigneronnes indépendantes. Et l’ambiance, dans tout ça? C’est le collectif de musique électronique PWFM qui sera aux manettes, dans le cadre de l’événement Provocative Women For Music, qui souhaite également mettre en avant des femmes dans le domaine de la musique. Notre petit doigt nous dit qu’au bord du canal de l’Ourcq, la soirée au CND risque d’être enflammée. 

Delphine Le Feuvre

Informations pratiques: “Cheffes” à l’automne 2020, au CND, 1, rue Victor Hugo, Pantin. Deux services à 19h30 et 21h30. Réservation obligatoire: hello-ernest.com. 30 euros les 5 assiettes. 


NE MANQUEZ JAMAIS UN ARTICLE