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Et toi, tu as fait quoi le dernier soir avant de te reconfiner?

"La crème de la crème" © Jean-Claude Moireau


Contrairement au premier confinement qui nous a pris·e·s par surprise, en ce  jeudi 29 octobre 2020, le doute n’était plus permis: cette soirée avant reconfinement, il fallait la vivre.

Le 16 mars 2020, lorsque notre cher président a annoncé un confinement inédit de deux semaines dans toute la France, personne ne s’est dit que ça allait durer un mois et 25 jours. À l’époque, personne n’avait pris ses précautions, c’est arrivé comme ça. Et au lieu d’avoir profité des dernières soirées comme on aurait dû, on s’est juste réveillé·e un mardi matin, confiné·e sans comprendre ce qui nous arrivait.

Alors cette fois-ci, nombreux·ses sont celles et ceux qui ont décidé de ne pas se faire avoir deux fois. Cette dernière soirée il fallait en profiter -avec les contraintes du couvre-feu à 21h, certes- mais il fallait en faire quelque chose de grand.

Pour certain·e·s, c’était le moment de dire au revoir aux ami·e·s qui habitent à plus d’un  kilomètre de distance (et finalement il y en a pas mal), pour d’autres c’était la bonne excuse pour concrétiser, ou faire la folie que la vie réelle sans pandémie mondiale aurait tendance à nous dissuader de faire… En tout cas, beaucoup ont vécu ce jeudi soir comme le dernier soir de liberté et le résultat était plutôt sympathique.

 

Le grand retour des ex

Pour Fabien, 34 ans, le soir du pré-confinement a été un moment de choix de vie intense: “J’ai deux ex qui m’ont recontacté juste après l’allocution de Macron. La première est allée en bas de mon taf pour m’attendre le dernier soir, et celle dont je suis toujours fou amoureux et que j’évite depuis plusieurs mois m’a proposé d’aller dîner avec elle. Si en temps normal, comme l’explique le jeune homme, il n’aurait donné suite ni à l’une ni à l’autre, ce jeudi 29 octobre, il a décidé de vivre comme s’il n’y avait pas de lendemain et donc qu’il n’y avait pas besoin d’assumer ses actes. 

Vu le contexte, ce dernier soir j’ai voulu voir celle qui m’a brisé le cœur. Parce que maintenant ça n’a plus trop d’importance. Et de toute manière quitte à rester coincé pendant 4 semaines minimum, autant que j’aie des trucs à ressasser.” Peut-être que la nouvelle phrase de 2020 est: ce qui se passe le soir pré-confinement reste le soir du pré-confinement.

“On s’en fout, c’est le dernier soir.

Assouvir enfin un fantasme

Pour d’autres, ça a été le moment d’expérimenter de nouvelles choses. C’est le cas d’Anthony, 27 ans qui a pu assouvir un fantasme qu’il n’avait jamais osé faire: “Je voulais faire un plan à trois depuis des années mais je n’avais jamais osé. Et jeudi soir, avec mon meilleur pote, on va boire un verre avec une fille et là on parle de tout, on est décomplexé·e·s, on s’en fout, c’est le dernier soir.

Le couvre-feu s’annonce et au lieu de chacun·e rentrer chez soi, les trois acolytes décident de continuer la soirée chez un des garçons -le couvre-feu a bon dos: “Chez mon meilleur ami on décide de jouer à action ou vérité, les défis s’enchaînent jusqu’à ce qu’on se retrouve tous nu·e·s. Là on s’est dit avec des potes: en fait, il faut qu’on s’amuse une dernière fois parce que les quatre semaines prochaines vont être très longues. On a donc tous couché ensemble et cette impression de fin du monde a fait que personne n’était gêné·e·.

 

La fête jusqu’au bout

Pour beaucoup, suite à l’annonce d’un second confinement, c’est l’esprit de la fête qui a pris le dessus ce jeudi 29 octobre 2020. À Angoulême, un mot d’ordre a été lancé sur les réseaux lors du discours de Macron: Halloween, cette année, ce sera le 29 octobre jusqu’à 21h. Résultat: dès 18h, des gens en costumes se sont baladé·e·s dans la rue. L’ambiance était à la teuf comme le raconte Kevin, 30 ans:  Dans ma rue, tout le monde est déguisé, c’est un peu l’idée du moment. Il vaut mieux fêter que déprimer.
Même idée pour Julia, 28 ans, à Paris:  Moi j’ai décidé de rentabiliser, je me suis installée seule à mon café préféré rue des Martyrs à Paris à partir de 17h. J’ai prévenu tou·te·s mes potes pour qu’ils et elles passent. Je suis restée là à voir défiler tout le monde jusqu’à 21h tout en buvant des bières. C’était très sympa même si ça a fini tôt. Tout le monde a fait l’effort de se déplacer, on avait l’impression de vivre un truc important!

“On sentait qu’on allait encore vivre un moment difficile et là on voulait oublier.”

Pour Grégoire, 19 ans, jeudi soir c’était un peu comme un nouvel an bis -qui aurait commencé extrêmement tôt: “Les cafés étaient blindés, les gens avaient envie de rigoler, tout le monde se parlait, était gentil. On sentait qu’on allait encore vivre un moment difficile et là on voulait oublier. À 20h55, tous les bars se sont vidés et les gens se sont mis à courir en se criant qu’il fallait se dépêcher pour ne pas être en retard pour le couvre-feu. Il y avait un truc un peu enfantin comme quand on était petit et que nos parents nous imposaient de rentrer tôt. C’était régressif et très joyeux. ” Un petit parfum d’adolescence en quête de bêtises…

 

Adieux symboliques

Il y a aussi les personnes qui ont eu du mal à dire au revoir à leurs proches et leur ville et qui ont profité des dernières heures pour parcourir leurs lieux préférés comme Ninon, 28 ans: Moi j’ai décidé de voir mes trois meilleures potes, on est allées faire du vélo dans Paris en écoutant de la musique et en chantant très fort dans la rue, puis on est rentrées pour danser de 21h à minuit chez moi. Après elles sont rentrées chez elles -on habite toutes dans le même quartier.

Et puis il y a aussi eu des réunions familiales improvisées, histoire de transformer ce moment en beau moment. C’est le cas de Laurent 37 ans: “Ce 29 octobre, j’ai emmené ma femme et mes enfants au restaurant. Déjà pour soutenir le jeune cuisinier que je connais avant les temps difficiles qui s’annoncent pour lui, mais aussi pour créer un moment beau et spécial. On s’est retrouvés comme si c’était une fête.

Entre joie frénétique et mélancolie, cette soirée ressemblait plus à une grande et douce fête qu’à un adieu morbide. De quoi faire passer la pilule du reconfinement.

Alice de Brancion


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