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Lisa Chavy, la girlboss qui bouscule les codes de la lingerie française 

© Dresscode


Longtemps styliste du groupe Etam, l’entrepreneure a lancé il y a quelques années sa propre marque, Livy, et vient d’ouvrir une boutique-atelier à Paris, sorte de labo expérimental pour relancer la “haute lingerie” made in France. Rencontre avec une passionnée.

Ouvrir une boutique sur quelque 300 mètres carrés, en plein Saint-Germain-des-Prés et au milieu d’une pandémie, il fallait oser. “J’ai voulu voir cette période de crise comme une période d’opportunité, raconte Lisa Chavy, styliste et CEO de Livy (de la contraction de ses nom et prénom). L’idée m’est venue pendant le confinement, alors qu’on a lancé une production de masques pour participer à l’effort national. On a beaucoup réfléchi à ce qu’on voulait pour la suite, pour “le monde d’après”, et j’ai eu envie qu’on rapproche création et production.” Preuve que Livy a convaincu dans le monde de la lingerie, lorsque la levée de fonds s’organise, deux investisseurs privés répondent avec enthousiasme à l’appel malgré la situation économique et sanitaire du pays. Le lieu est rapidement déniché, les propriétaires étant ravis de trouver locataire dans une année où les fermetures de boutiques sont plus courantes que les ouvertures. En quatre mois à peine, les travaux sont faits, et le lancement prévu pour début octobre. Le concept? Une gamme “haute lingerie”, faite sur place, dans un atelier situé au dessus de la boutique et totalement ouvert au public. 

 

 

“Culturellement, la lingerie, c’est parisien, raconte la passionnée, diplômée de l’Esmod. Si l’on veut favoriser la relocalisation, ça passe aussi par la sensibilisation des consommatrices.” Et quoi de mieux pour cela que de permettre aux clientes de voir leur ensemble en train d’être travaillé, rendant ainsi compte du temps (et donc du coût) nécessaire à la confection locale? Avec ce point de production, la marque souhaite envisager le retour au Made in France –“D’abord sur des petites séries puis à plus grande échelle”-, proposer du sur-mesure et du semi-mesure; en offrant la possibilité d’ajuster les tailles de certains modèles, mais également en étant à la pointe côté technique. “Je ne voulais pas qu’on se cantonne au savoir-faire traditionnel, mais qu’on soit aussi force d’innovation pour le monde de la lingerie, développe Lisa Chavy. On a par exemple fait venir une machine d’Italie qui permet de thermocoller et de faire des coutures invisibles et donc très confort sur certains modèles.” 

“Etre créative, c’est aussi faire preuve d’imagination pour gérer les stocks.” 

À peine un mois après l’inauguration de la boutique -avec un défilé pendant la Fashion Week parisienne, rien que ça- les résultats sont là. Les ventes sont au-delà du business plan, et quatre personnes (vendeuses et couturières) ont été embauchées en CDI. Lisa Chavy envisage déjà la suite: une boutique londonienne, qui doit ouvrir ses portes le 1er décembre prochain.

Il faut dire qu’à presque 40 ans, Lisa Chavy n’en est plus à son coup d’essai. Après des études de stylisme à l’Esmod, elle fait ses gammes auprès de la responsable du style pour la lingerie des grands noms français (Dior et Christian Lacroix, entre autres). Elle est ensuite recrutée par le groupe Etam pour lancer Undiz, une marque entrée de gamme destinée aux toutes jeunes femmes. Ça a été très formateur. On m’a donné beaucoup de confiance et de moyens pour développer cette marque, j’ai énormément appris”, se souvient Lisa Chavy. Après cinq ans à la direction artistique d’Undiz, elle se lance dans l’entrepreneuriat. Elle est soutenue financièrement par le groupe Etam et par Dan Arrouas, investisseur du monde de la mode qui a notamment participé à la fondation de Ba&sh et de la Bouche rouge. Un premier point de vente Livy ouvre en 2017, et trois ans plus tard, la marque est présente sur les très réputées Fifth Avenue, à New York, et Oxford Street, à Londres. “J’ai appris à apprécier avoir plusieurs casquettes à la fois, assure la CEO. Avant, j’étais plus branchée création, évidemment. Mais avec le temps, le côté business me plaît de plus en plus. Je pense que peut importe ce que l’on fait, être créatif·ve aide beaucoup: pour gérer les stocks, innover, communiquer…” 

 

 
 
 
 
 
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Mais l’important, assure-t-elle, c’est de toujours trouver du sens à ce que l’on fait. “En tant que fondatrice d’une marque de lingerie, j’ai à cœur de permettre à chaque femme de se sentir bien dans sa peau”, commente Lisa Chavy. Sa rencontre avec Laetitia Mendes (Ndlr: première femme française à avoir subi une masectomie préventive car porteuse d’un gène lui donnant 80% de chance de développer un cancer du sein) il y a quelques années la pousse à s’engager d’autant plus. À l’époque, Laetitia Mendes estime que “Livy, ce n’est pas pour elle”: trop sexy, trop osée. Mais la créatrice lui prouve le contraire, et désormais, à l’Atelier Livy, les clientes peuvent faire adapter certains modèles de la marque. “J’y pense quand je dessine mes modèles, je travaille beaucoup les dos. Car la lingerie, c’est avant tout un accessoire de mode. C’est peut-être paradoxal, mais je trouve génial le mouvement no bra. J’envisage davantage mes créations comme des bijoux que l’on porte si on a envie de les porter.” Toute une philosophie. 

Noémie Leclercq


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