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Avec Glowee, Sandra Rey invente l’éclairage urbain du futur

Sandra Rey © Glowee


En 2014, Sandra Rey a lancé Glowee, une start-up à l’origine d’un système d’éclairage écologique et naturel imitant les propriétés de certaines créatures marines luminescentes. Cette entrepreneure de 29 ans vient de clore une nouvelle levée de fonds et de signer un contrat avec la ville de Rambouillet pour illuminer le mobilier urbain à l’aide de cette brillante technologie.

Des lueurs bleutées qui projettent leur doux halo sur la ville la nuit à la manière des poissons des abysses… Cette vision poétique digne des plus belles scènes d’Avatar, Sandra Rey en a fait, en l’espace de quelques années, le concept d’une start-up aussi innovante qu’ambitieuse, Glowee. L’histoire remonte à 2013, alors que cette jeune cheffe d’entreprise, étudiante en école de design, participe au prix ArtScience. “En regardant un reportage sur les poissons des abysses, capables de s’éclairer tous seuls, je me suis demandé s’il était possible de reproduire ce mécanisme biologique, dont sont naturellement dotés les lucioles, les vers luisants et de nombreux organismes marins, pour illuminer les vitrines de magasins la nuit”, raconte-t-elle.

Une idée lumineuse qui lui permet, avec un petit groupe d’étudiant·e·s, de remporter le concours, puis de fonder sa start-up. “Le Centre de recherches interdisciplinaires de l’Université Paris-Descartes et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale nous ont mis à disposition un laboratoire, où nous avons démontré la faisabilité du projet à partir de matériel génétique en open source”, se souvient-elle. Dans la foulée, elle complète sa formation par un master en entrepreneuriat social à l’École Supérieure de Commerce de Paris (ESCP), et l’équipe s’étoffe. “Les choses s’enchaînent très vite, notamment grâce au gain d’un concours de pitch dans l’ascenseur de la Tour Eiffel, qui nous a permis d’avoir un investisseur.” Après un premier crowdfunding décisif en 2015, Glowee lève 700 000 euros l’année suivante, et 600 000 euros en 2019. 

 

Limiter la pollution lumineuse

Glowee fait partie de ces nombreuses start-up lancées par de jeunes entrepreneur·e·s soucieu·ses·x de l’avenir de la planète. Alternative écolo à l’éclairage conventionnel (qui représente près de 20% de la consommation d’énergie dans le monde et 5% des émissions de gaz à effet de serre), cette lumière froide est produite non pas grâce à l’électricité, mais à des bactéries marines cultivées en laboratoire, sans modification génétique. Celles-ci sont ensuite placées dans des coques organiques et biodégradables auxquelles on peut donner la forme que l’on veut. 

Une technologie prometteuse qui n’est, admet-elle, “pas encore assez mature pour prétendre remplacer nos ampoules”, mais dont les bienfaits sont nombreux. En plus de faire des économies d’énergie, le recours à la bioluminescence permet de “limiter la pollution lumineuse”, qui nuit à la faune urbaine, et plus largement de favoriser le bien-être des citadin·e·s. Un atout que Sandra Rey exploite aussi à travers la “Glowzen room”, une chambre de relaxation immersive éclairée par cette lumière hypnotique et apaisante, tantôt mobile et éphémère, tantôt installée dans des hôtels et des spas.

 

 

Si l’entrepreneure souligne volontiers qu’il y a “un million d’applications possibles”, l’équipe, qui a commencé par commercialiser des unités de lumière naturelle éphémères pour des installations événementielles, “travaille aujourd’hui surtout avec les collectivités sur leurs manières d’illuminer les espaces”: affiches publicitaires, souterrains, façades des bâtiments… D’où l’expérimentation de deux ans officialisée récemment avec la ville de Rambouillet, qui investira 100 000 euros dans le déploiement de cette technologie futuriste sur une place.

 

Une femme dans la biotechnologie

Devenue, début octobre, l’une des égéries de la marque Uniqlo à l’occasion des 10 ans de sa boutique place de l’Opéra à Paris, Sandra Rey incarne aujourd’hui une réussite remarquable dans les milieux, encore très masculins, de la startup et de la tech. “En tant que jeune femme designer de 24 ans, c’était difficile de devenir crédible dans le rôle d’entrepreneure en biotechnologie”, note-t-elle. Mais pas de quoi faire flancher sa détermination: “C’est mon premier boulot, tout ce que je fais est nouveau, et je ne connaissais pas du tout le monde de la biotechnologie. D’un côté, c’est plutôt un atout qu’un challenge: je ne me suis pas mis les barrières que je me serais mises si j’avais su à quel point ce milieu était difficile. C’est aussi plus facile de me faire repérer dans ce milieu car je suis l’une des rares femmes!

Les nombreuses distinctions remportées par la jeune pousse –Grand prix de l’innovation catégorie éco-innovation de la Ville de Paris en 2015, sélection parmi les ambassadeurs de la French Tech à la COP21, prix des “innovators under 35” du Massachusetts Institute of Technology en 2016…- lui valent désormais une réputation internationale. Une aubaine qu’elle commence tout juste à exploiter: la première Glowzen room en dehors de France sera implantée en Belgique à la fin de l’année. En attendant que la bioluminescence conquière le reste du monde…

Sophie Kloetzli


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