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Rentrée Littéraire

Rentrée littéraire: Dix primo-romancières à découvrir absolument

"Les Filles du Docteur March" © Wilson Webb


Notre sélection d’autrices qui publient leurs premiers romans en septembre, pour découvrir les voix de demain.

Aucun doute à avoir: la relève est en librairies! Et les révélations de la rentrée 2020 sont particulièrement enthousiasmantes. Des voix poétiques et politiques qui explorent la sororité, le militantisme, l’enfance, la guerre, la ruralité, l’homosexualité… Petite sélection des futurs grands noms de la littérature française et internationale.

 

Les orageuses, de Marcia Burnier (Cambourakis)

Ça raconte quoi: Fatiguées d’être les victimes d’un monde dominé par les hommes, une bande de copines décident de se venger de toutes les agressions qu’elles ont vécues ou dont elles ont été les témoins.

Pourquoi on le recommande: Les orageuses est un double premier roman, celui de son autrice, Marcia Burnier, et celui de l’excellente collection Sorcières des éditions Cambourakis, qui publie sa première fiction. Et le résultat est à la hauteur de ce que l’on pouvait en attendre : féministe, plein de fougue et de force. Marcia Burnier dresse le portrait d’une génération qui a décidé de se rebeller contre toutes les agressions dont sont victimes les femmes: viols, harcèlement de rue… Elle ne tombe jamais pour autant dans le cliché des femmes fortes et trop badass pour être vraies. Ses héroïnes sont pétries de faiblesses, elles doutent, elles essaient de dépasser leurs traumatismes. La sororité qu’elles tissent les unes et les autres n’en est que plus touchante. Et même si le roman explore avec finesse des sujets difficiles comme les violences patriarcales et sociales et la complexité des procédures judiciaires, l’écriture enlevée de Marcia Burnier insuffle une énergie vitale et positive à son roman. Le remède féministe qu’il nous faut pour affronter la rentrée. 

 

La petite dernière, de Fatima Daas (Notabilia)

Ça raconte quoi: Dans un long monologue agencé en courts chapitres, Fatima Daas raconte sa vie et décortique son identité de jeune femme de 24 ans, lesbienne et musulmane, ayant grandi à Clichy-sous-Bois.

Pourquoi on le recommande: À peine sorti, le premier roman de Fatima Daas est déjà la sensation de la rentrée littéraire. Son honnêteté, sa langue brute et sans fioritures désarment et fascinent dès les premières pages. Elle envisage son identité comme une mosaïque qui prend tout son sens une fois la dernière page tournée. Tout le roman explore la manière dont elle essaie de réconcilier les différentes pièces du puzzle de son existence: elle est femme, elle est lesbienne, elle est musulmane, elle est la fille de ses parents, la sœur de deux jeunes femmes, elle est habitée par deux langages et deux pays. Sur la page, tous ces éléments se réconcilient et s’entrechoquent dans un ballet fascinant de mots et d’images. Elle morcelle, elle répète, elle bute sur des mots et des scènes jusqu’à réussir à s’inventer en écrivaine. Un cheminement passionnant.

 

Permafrost, d’Eva Baltasar (éditions Verdier)

Ça raconte quoi: L’héroïne de Permafrost se sent comme une anomalie dans une famille où l’on attend d’elle qu’elle soit une bonne épouse et une bonne mère. Elle n’a de cesse de se questionner sur le sens de son existence et sur son envie de mourir, tout en multipliant les aventures d’un soir avec des femmes flamboyantes. 

Pourquoi on le recommande: Permafrost est une réflexion percutante sur le suicide et sur tout ce qui rattache une personne à la vie. Mais c’est surtout un roman qui explore le rapport entre l’intériorité d’une héroïne plongée dans ses livres et son rapport à son corps et son désir de contact. Eva Baltasar décrit avec beaucoup d’intensité les relations sexuelles entre son héroïne et les femmes qui se succèdent dans son lit. L’autrice réfléchit, avec un style percutant et beaucoup de dérision, à ce que cela fait d’être différente dans une société qui reste, encore aujourd’hui, très conformiste. Que reste-t-il à vivre lorsque les enjeux du monde contemporain (travail, famille…) semblent tellement lointains? Eva Baltasar y répond sans détours. 

Traduit du catalan par Annie Bats

 

Mauvaises herbes, de Dima Abdallah (éditions Sabine Wespieser)

Ça raconte quoi: L’héroïne de Mauvaises herbes est née à Beyrouth en pleine guerre civile. À 12 ans, elle quitte le Liban pour s’installer à Paris avec toute sa famille. Avec toute sa famille, sauf son père avec qui elle entretient pourtant une relation très forte. 

Pourquoi on le recommande: Pour la langue poétique de Dima Abdallah, qui mêle avec beaucoup de talent l’écriture des détails et l’écriture de l’Histoire. Elle raconte la guerre et ses ravages en explorant la relation entre un père et sa fille. Les douleurs du conflit se reflètent dans les moindres petits détails –des plantes qu’ils cultivent tous les deux aux valises qui sont faites à la hâte en passant par les souvenirs de la silhouette protectrice du père. Le roman est construit comme un dialogue à distance où père et fille se racontent dans des monologues intérieurs tout ce qu’ils n’arrivent pas à se dire en face. Il s’agit aussi d’un grand roman sur la dépression, sur le poids de la guerre, sur la difficulté de se sentir chez soi lorsque l’on quitte son pays à 12 ans et sur la question complexe de l’identité. Un roman bouleversant.

 

Qui sème le vent, de Marieke Lucas Rijneveld (Buchet Chastel)

Ça raconte quoi: Qui sème le vent est raconté par une jeune enfant de 10 ans. Cette dernière vit dans la ferme familiale aux Pays-Bas. Un jour comme un autre, un événement va bouleverser sa vie et celle de toute sa famille: son frère, parti faire du patin à glace, se noie dans le lac. L’héroïne essaie tant bien que mal de percer les mystères de cette disparition soudaine.

Pourquoi on le recommande: Lauréat du prestigieux International Booker Prize, Qui sème le vent a été une véritable sensation littéraire aux Pays-Bas. Ce roman au style remarquable retranscrit avec une précision à la fois grave et ludique la manière dont un enfant envisage le monde. Dans la famille protestante de l’héroïne, tout ou presque est passé sous silence, et les sentiments sont pour la plupart réprimés. L’héroïne doit donc essayer de comprendre elle-même les événements qui l’entourent: la mort, la naissance de son désir, la souffrance de sa mère qui essaie de faire son deuil en silence. Marieke Lucas Rijneveld revisite l’apprentissage du sexe et de la mort avec un langage irrésistible, rempli d’images, de sensations et de fulgurances d’humour. Un roman remarquable sur l’enfance dans toute sa bizarrerie et sa violence et sur l’incommunicabilité au sein d’une famille.

Traduit du néerlandais par Daniel Cunin

 

Les déviantes, de Capucine Delattre (Belfond)

Ça raconte quoi: Ce premier roman explore l’itinéraire de trois femmes, Anastasia, qui vient d’être diagnostiquée d’un cancer du sein, Iris, qui se sent bloquée dans sa relation amoureuse et Lolita, qui, au sortir du lycée, veut goûter à l’indépendance.   

Pourquoi on le recommande: Capucine Delattre a tout juste 19 ans et pourtant elle explore la société contemporaine avec beaucoup de maturité. Des bullshit jobs aux relation hétérosexuelles monotones en passant par les grandes écoles qui n’ont plus beaucoup de sens en 2020, elle questionne les attentes que nous avons aujourd’hui sur nos propres vies. Mais Les déviantes est surtout un roman sur l’amitié et la sororité qui se noue entre trois femmes de deux générations, qui vont apprendre à se soutenir face à l’adversité et à inventer leurs propres règles. Libérateur.

 

Un soupçon de liberté, de Margaret Wilkerson Sexton (Actes Sud)

Ça raconte quoi: Margaret Wilkerson Sexton suit les trois générations d’une famille noire à la Nouvelle-Orléans entre les années 40 et les années 2000, à travers des histoires d’amour complexes qui se nouent et se dénouent au fil des années. 

Pourquoi on le recommande: Ce premier roman choral scrute l’histoire des États-Unis en mettant à nu les conséquences durables et profondes de la ségrégation et des inégalités sociales sur les populations. Margaret Wilkerson Sexton décortique les conséquences de 70 ans de politiques racistes et de la masculinité toxique sur les femmes noires et sur les cellules familiales. Un soupçon de liberté montre les efforts de ces femmes pour faire famille malgré les obstacles qui se dressent sur leur chemin au fil des décennies: la ségrégation, la drogue dans les années 80 et l’ouragan Katrina dans les années 2000. Un roman fort et passionnant. 

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laure Mistral

 

L’enfant céleste, de Maud Simonnot (éditions de l’Observatoire)

Ça raconte quoi: Après s’être séparée de son compagnon, Mary quitte Paris avec son fils Célian pour visiter une petite île de la mer Baltique. L’île où vécut Tycho Brahe, astronome du XVIIème siècle dont l’esprit semble guider leur visite.

Pourquoi on le recommande: Si vous cherchez à mettre de la douceur et de la sensibilité dans votre rentrée, alors le premier roman de Maud Simonnot est pour vous! Elle y raconte la manière dont une femme va reconstruire sa vie et s’émanciper d’une société trop rigide à un moment charnière de sa vie. Dans un jeu d’intertextualité ludique et poétique, la quête de son héroïne se mêle aux mots simples de son enfant, aux personnages des pièces de Shakespeare et aux découvertes de l’astronome Tycho Brahe. Au cœur de ces imaginaires enivrants, Maud Simonnot donne une voix profonde et forte à une femme qui cherche à réenchanter un quotidien devenu morne. Un livre tendre rempli à la fois des petits moments agréables du quotidien et de grandes questions sur le cosmos.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laure Mistral

 

Noces de jasmin, de Hella Feki (JC Lattès)

Ça raconte quoi: Hella Feki raconte la révolution tunisienne (appelée révolution de jasmin) de janvier 2011 à travers l’itinéraire de Mehdi, un jeune journaliste, Essia, sa petite amie et Yacine, le père de cette dernière.

Pourquoi on le recommande: Parce qu’Hella Feki raconte, dans un style urgent et bouillonnant, l’élan révolutionnaire. Ses héros et héroïnes racontent leur ressenti, leur ras-le-bol mais aussi leurs désirs et leurs aspirations. L’autrice plonge dans les secrets de famille et dans les histoires pleines d’amour et de désir de chaque protagoniste pour faire éclater au grand jour le désir de liberté d’une génération prête à changer la société tunisienne. Sans jamais juger les aîné·e·s. Une première publication incandescente sur une population et son soulèvement, qui donne envie d’agir et de changer le monde de demain.

 

Des kilomètres à la ronde, de Vinca Van Eecke (Seuil)

Ça raconte quoi: Dans la France rurale des années 90, une bande d’adolescents de 14 ans s’ennuie. Ils s’occupent en faisant le tour de la ville, en fumant et en se rejoignant chez l’un d’entre eux pour passer le temps. L’héroïne, surnommée « la bourge », se lie d’amitié avec eux.

Pourquoi on le recommande: Le sujet de la “bande d’amis” est souvent raconté du point de vue masculin. Vinca Van Eecke retourne le sujet de l’ennui rural en le racontant par le prisme de “la fille de la bande” . Elle porte un regard à la fois extérieur et proche sur les dynamiques au sein du groupe, sur la masculinité toxique et sur les rapports de classe. À travers ces destins individuels, elle raconte une France rurale trop souvent laissée de côté et oubliée. On se laisse happer par le talent et la poésie avec lequel l’autrice raconte la monotonie du quotidien jusqu’à le sublimer pour capturer ces années adolescentes formatrices.

Pauline Le Gall


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