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Mel C n'est plus Sporty Spice mais n'a rien perdu de son girl power

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Plus de 20 ans après ses débuts, Mel C alias Sporty Spice des Spice Girls sort un album synth-pop qui célèbre le fait d’être pleinement soi-même. Rencontre par écrans interposés, covid oblige.

On dit qu’il ne faut pas rencontrer ses héros et héroïnes d’adolescence. Qu’à trop idolâtrer quelqu’un, on sera forcement déçu IRL. Mais si Mel C a rangé sa dent en or, l’ex-Spice Girl n’a rien perdu de son piquant. Début octobre, elle sortira, à 46 ans, son huitième album solo, Melanie C, sur lequel elle parle d’acceptation de soi et d’hédonisme dancefloor sur fond de pop matinée de disco. S’l porte son vrai nom, c’est parce que Melanie Jayne Chisholm semble enfin oser être elle-même. On avait connu l’Anglaise originaire de la classe ouvrière de Liverpool sous les traits d’un personnage androgyne et badass, celui de “Sporty Spice”. Avec sa queue de cheval haute, son look athleisure, et ses mouvements de danse sportifs, elle semblait cool et indépendante. Mais les médias ont aussi vu chez elle une fille grande gueule, “dure et franche”, ce qui ne collait pas forcément à sa personnalité, plus diplomate, “douce et polie”, se souvient Mel C.

 

Par visioconférence via Zoom, la pop star affiche un air toujours juvénile avec sa fameuse queue de cheval et un jogging noir à bandes Adidas, et confie: “Cet album a coïncidé avec le cheminement d’une quête sans fin à la recherche de moi-même. Quand je suis remontée sur scène avec les Spice Girls l’an dernier, j’ai réalisé que je n’avais pas besoin de me trouver, je n’étais partie nulle part. J’avais toujours été là, je n’avais qu’à m’écouter. Je me suis sentie à l’aise sur scène avec les filles, j’ai commencé à m’apprécier. En essayant d’incarner les attentes des gens, on finit par oublier qui on est. Je voulais que les gens ressentent ce sentiment d’empowerment, que tout le monde s’accepte de la même manière que je l’ai récemment fait en écoutant ce disque.”

 

Apprendre l’indulgence

Retour dans les années 90. Sporty Spice semblait indestructible dans son crop top laissant dévoiler des abdos en béton. Mais derrière les paillettes, il n’en était rien. Alors que les Spice Girls atteignent les sommets des charts et deviennent un phénomène culturel, elle se jette peu à peu à corps perdu dans l’exercice à outrance. Elle connaît à la fin des années 90 des troubles alimentaires, l’anorexie puis la boulimie et sombre, un moment, dans la dépression. Sans en parler à personne de peur de briser l’esthétique de conte de fée du “Spiceworld”. Les tabloïds, cruels, anglais finissent par la surnommer “Lazy Spice” et même “Sumo Spice”. Il lui a fallu beaucoup de force pour se relever, ainsi qu’une thérapie avec une spécialiste. “C’est un ensemble de choses différentes qui m’ont aidée à surmonter ça, raconte-t-elle. Le fait de vieillir, aussi, a joué. Il y a des côtés négatifs dans le fait de vieillir, mais il y a surtout des côtés très positifs. Certaines choses me semblaient beaucoup plus difficiles à 20 ans. Devenir mère permet aussi de changer ses priorités. A un moment donné, je me suis dit que je pouvais m’accorder un break. J’ai été tellement dure envers moi-même pendant ma vingtaine. J’étais épuisée par le fait de détester certains aspects de ma personnalité. Ça m’a conduit à des troubles alimentaires dont j’ai guéri.”

 

Si elle devait donner un conseil à sa fille de 11 ans, Scarlet, ou aux jeunes filles qui la suivent, ce serait d’être plus tendre avec son moi intérieur. “Il ne faut pas oublier d’être gentille envers soi-même, explique-t-elle. On ne se dit pas assez ‘Je suis incroyable’. Les femmes font des choses incroyables tous les jours, sans s’en accorder assez de crédit. Trop souvent, elles essaient d’obtenir un meilleur boulot, de dépenser moins, d’être plus minces, d’en faire toujours plus. A la fin de la journée, ça fait beaucoup. On a trop tendance à parler de soi dans des termes négatifs et on finit par croire à ses propres paroles. C’est une vraie discipline de décider de se dire: ‘tiens, j’ai été super aujourd’hui‘.”

“On vit une époque formidable où plein d’artistes féminines expriment pleinement qui elles sont.”

Girl power forever

Mel C possède des milliers de raisons de dire du bien d’elle-même. L’artiste a remporté face à 400 candidates la place de Spice Girls au sein de l’un des plus grands groupes féminins de tous les temps. Aux côtés de Victoria Adams (devenue Beckham), Melanie Brown, Geri Halliwell et Emma Bunton, elle a inspiré des tonnes de jeunes filles avec ses messages de sororité et de “girl power”. A leurs débuts, on leur disait qu’elles ne vendraient aucun disque, car elles formaient un girls band et non un boys band. Mel C a vendu plus de 105 millions de disques, dont 20 millions en tant que chanteuse solo et 85 millions en tant que Spice Girl. Elle a sorti 8 albums solo et fondé son propre label, Red Girl Records. Et surtout, elle n’a jamais arrêté d’être une alliée de nombreuses causes. Icône LGBTQI+, elle est proche du collectif anglais de drag-queens Sink The Pink, avec lequel elle a tourné un clip et s’est produite sur scène.

Quant au girl power et à la sororité, elle l’incarne toujours en encourageant la jeune génération de pop stars. En février dernier, elle remettait ainsi à Billie Eilish, grande fan des Spice Girls, un prix aux Brit Awards. “Il y a tellement de filles super avec une attitude géniale, défend-elle. Billie Eilish, Charli XCX, , avec qui j’ai joué il y a quelques années. C’est une nouvelle Sporty Spice. On vit une époque formidable où plein d’artistes féminines expriment pleinement qui elles sont.”

Violaine Schütz

Melanie C – Melanie C (Red Girl Records), sortie prévue le 2 octobre.

En concert au Transbordeur à Lyon, le 3 mai 2021 et à l’Alhmabra, à Paris, le 4 mai 2021.


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