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Malmö, la société de production féministe lancée par Shirley Kohn et Camille Cottin

Shirley Kohn et Camille Cottin, DR


En montant leur boîte de production, la productrice Shirley Kohn et l’actrice Camille Cottin espèrent faire bouger les lignes dans un monde du cinéma encore empreint de sexisme.

L’une est dans la lumière, l’autre dans l’ombre, et c’est certainement ce qui crée l’équilibre entre la comédienne Camille Cottin et la productrice Shirley Kohn, qui sont amies depuis l’adolescence et ont lancé cette année une boîte de production ouvertement féministe, Malmö Productions. Les deux femmes ont voulu prendre les choses en main pour que le cinéma ressemble enfin à la vraie vie, ce qui semble encore loin d’être acquis en 2019. Si l’on ne présente plus l’actrice vedette de la série Dix pour Cent, Shirley Kohn n’est pas connue du grand public, bien qu’elle œuvre pour les femmes dans le cinéma depuis longtemps -elle est notamment passée par Le Deuxième Regard, ancêtre du collectif 5050 pour 2020. Passée par la télé avant de développer des longs métrages au cinéma, elle accompagne depuis deux ans des sorties de films à travers des campagnes digitales et évènementielles, tout en étant désormais sa propre cheffe au sein de Malmö. Interview express.

Comment est née Malmö Productions?

Malmö est née du désir de traiter des sujets qui me tenaient véritablement à cœur, d’être au plus près de ce que j’avais envie de défendre, comme les droits des femmes, les droits LGBTQI+ ou l’égalité des chances. J’en ai parlé à Camille Cottin avec qui nous abordons souvent ces sujets et nous nous sommes dit que Malmö nous offrirait la possibilité d’héberger des projets sur lesquels nous voudrions travailler ensemble.

Dirais-tu que c’est une société féministe?

Oui, ça fait partie intégrante de son ADN. Tout d’abord parce que c’est un engagement qui est profondément ancré en nous et qui nous anime, mais aussi parce que nous développons certains projets ayant trait aux droits des femmes ou à la promotion de l’égalité femmes-hommes. C’est le cas du documentaire Mère si je veux, quand je veux sur la congélation des ovocytes et le désir ou non de maternité, mais nous développons aussi une série de portraits de role models et un film sur la discrimination à la grossesse. Nous sommes une société de production féministe et plus largement engagée sur différents sujets tels que l’égalité des chances ou la migration, sur laquelle nous souhaitons faire évoluer le regard. Nous avons la volonté, à travers les projets que nous portons, de créer le débat et j’espère, d’avoir un impact positif sur la société.

La parole s’est peu libérée dans le cinéma français.

Pourquoi avez-vous voulu créer cette boîte de production ensemble? 

Nous nous connaissons depuis longtemps et le travail nous a toujours réunies. Grâce à Malmö, nous pouvons désormais allier nos compétences et défendre des convictions que nous partageons. Notre complémentarité ne vient pas tant de nos métiers que de nos personnalités: nous sommes sensibles aux mêmes sujets mais notre façon de les aborder s’enrichissent l’une l’autre.

Le cinéma français fait-il son autocritique après #MeToo?

Malheureusement, la parole s’est peu libérée dans le cinéma français, laissant penser que le harcèlement sexuel n’existait pas réellement. Au lieu de ça, certaines ont défendu la “liberté d’importuner”. Tout cela n’a pas permis de faire évoluer la profession. Il y a aujourd’hui une certaine prudence cependant, on se dit qu’on ne peut plus s’adresser aux femmes de la même façon, au risque d’être repris·e ou corrigé·e. Mais il manque encore une réelle prise de conscience des conséquences qu’ont ces comportements chez les femmes et du fait qu’ils façonnent la société. Par contre, on constate que plus de femmes réalisent que ce qu’elles acceptaient jusqu’alors n’était pas normal et qu’elles ont le droit de ne plus le tolérer désormais.

En quoi une entreprise comme Malmö peut-elle faire bouger les lignes? 

À travers nos films mais aussi en accompagnant leur diffusion de débats, nous espérons créer des lieux d’échanges où nous pourrons déconstruire les stéréotypes, faire évoluer les représentations des femmes et des hommes et ainsi faire progresser l’égalité. Quand nous produisons Mère si je veux, quand je veux de Vanessa Rizk à la veille de la présentation de la loi sur la bioéthique à l’Assemblée nationale, nous espérons donner à voir la perspective des femmes qui congèlent leurs ovocytes et ainsi peser dans le débat. Nous envisageons nos productions comme des actions de sensibilisation et d’éducation et nous espérons qu’elles pourront faire évoluer les mentalités.

Propos recueillis par Myriam Levain


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