culture

Streaming: l'INA nous fait redécouvrir les pépites féminines de la télévision française avec Madelen

DR


La nouvelle plateforme de SVOD de l’INA a mis un accent particulier sur les archives mettant les femmes à l’honneur depuis les années 50.

La télévision a traversé toute la deuxième moitié du XXème siècle et en est restée un des meilleurs témoins. Pas étonnant donc, que parmi les archives de l’audiovisuel français, on trouve toutes sortes de pépites reflétant la vie quotidienne des femmes. C’est pour nous y donner accès que l’INA lance une plateforme de SVOD baptisée Madelen, qui fera la part belle aux femmes. Et compte tenu de notre actualité confinée, les trois premiers mois d’abonnement sont gratuits. Interview express de Pauline Baduel, responsable éditoriale de ce nouveau site de streaming. 

Qui est Madelen?

À l’origine, Madeleine est le prénom de la grand-mère de quelqu’un de notre équipe. J’ai aimé ce prénom, qui permettait de personnaliser la plateforme, en évoquant la Madeleine de Proust, bien sûr, mais aussi la Madeleine de Brel. Elle est moins connue et pourtant, celle qui lui a inspiré une chanson était une femme atypique, qui avait un fort caractère et a été une des premières à se battre pour l’euthanasie, elle est elle-même allée mourir en Suisse. C’était une personne pleine de vie et surprenante, et ça correspondait à notre volonté de proposer un autre regard sur les archives de l’audiovisuel français. Et puis, derrière Madelen, il y a une équipe de femmes, c’est donc vraiment un nom qui nous correspond. 

Quel type de contenus y trouvera-t-on?

Madelen, c’est l’occasion pour l’INA de remettre en avant des séries, des spectacles, des concerts, qui font partie des milliers d’archives n’ayant pas encore été explorées. Jusqu’à présent, sur le site de l’INA, on avait accès à l’intégralité des contenus mais avec Madelen, j’ai fait des choix sur la façon de les éditorialiser pour les proposer à un public jeune, pas coutumier des archives. Notre objectif est de lui montrer ce que la télé a fait de mieux depuis les années 50 jusqu’aux années 90-2000. En épluchant le catalogue, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de femmes à mettre en avant, aussi bien des productrices d’émission que des actrices ou encore des programmes leur étant consacrés. Je pense à cette émission sur les trentenaires célibataires diffusée juste avant mai 68: à cette époque, c’était vraiment une vie pas facile pour ces femmes. Je pense aussi aux premières cheffes scouts, aux agricultrices, aux femmes politiques qui se sont présentées aux premières élections municipales. Ou encore à Simone Signoret, dont on célèbrera l’anniversaire fin mars, ce qui sera l’occasion de revoir son émission où elle allait interviewer des femmes au supermarché faisant leurs courses, c’était passionnant. 

L’idée avec Madelen, c’est de déconstruire certains préjugés qu’on peut avoir sur la misogynie des années 70 ou 80.

À qui s’adresse Madelen? 

Les 13000 contenus qui sont en ligne sur la plateforme ont été restaurés et on espère qu’ils intéresseront un public jeune, dont on s’est rendu compte qu’il était très réceptif  sur les réseaux sociaux lorsque nous postons des archives en lien avec l’actualité sous forme de décryptage ou de sourire. On s’adresse à un public qui souhaite apprendre des choses tout en se divertissant, car les archives disent beaucoup d’une époque. Madelen est une plateforme SVOD classique, qui a aussi son appli pour smartphone et tablette. L’abonnement coûte 2,99 euros par mois et donne accès à l’intégralité du contenu. Compte tenu du contexte de confinement général, nous avons décidé d’offrir les trois premiers mois de l’abonnement: nous vivons un moment où  nous avons besoin que la culture vienne à nous, et une partie de nos contenus invitent au voyage ou comblent les programmes scolaires. Nous voulons prolonger le visionnage dans la lignée de la cinémathèque par exemple.

2020, c’est le bon moment pour remettre dans la lumière les grandes oubliées du PAF? 

C’est sûr que notre proposition colle à l’air du temps. L’idée avec Madelen est de donner accès à des archives telles qu’on se les imagine sur les premiers débats féministes à la télévision, mais aussi de déconstruire certains préjugés qu’on peut avoir sur la misogynie des années 70 ou 80. Par exemple, en regardant les premiers rôles de femmes flics dans les séries françaises, on comprend beaucoup de choses sur nos représentations d’aujourd’hui. Avec cette plateforme, on veut aussi mettre en avant des icônes moins évidentes qu’une Jane Birkin, une Jeanne Moreau ou une Catherine Deneuve. On pourra revoir les premiers grands rôles de Delphine Seyrig, Catherine Frot ou Carole Bouquet, redécouvrir une figure comme Régine. Et surtout, on a conçu des cartes blanches en partenariat avec des personnalités comme Marie Amachoukeli, la réalisatrice de Party Girl, ou Yvane Jacob, l’autrice de Sapé comme jadis: les utilisateur·trice·s de Madelen auront accès à des archives passées par le filtre de leur regard, et ça c’est complètement nouveau. 

Propos recueillis par Myriam Levain


NE MANQUEZ JAMAIS UN ARTICLE