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Dix films féministes qu'il fallait voir en 2020

“Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn”, DR


En 2020, l’année ciné aura été bouleversée jusqu’au bout. Heureusement, cela ne nous a pas empêchées de découvrir, au cinéma ou à la maison, de superbes récits féminins et féministes. 

De la relecture du classique Les Filles du Docteur March par Greta Gerwig aux questionnements sociétaux de Maïmouna Doucouré et son marquant Mignonnes, en passant par le film d’horreur Relic ou le monde délirant de la superhéroïne Harley Quinn, voici les films qui ont réussi à se faufiler sur les écrans et dans notre best-of en 2020.  

Les filles du Docteur March, de Greta Gerwig

On a tendance à l’oublier mais l’année 2020 a démarré sur un triomphe, avec cette relecture de l’œuvre phare de Louisa May Alcott. Dans son scénario, Greta Gerwig entremêle l’enfance et l’âge adulte des héroïnes, pour mieux souligner les thèmes et l’essence féministe du roman. En fusionnant les mots de l’autrice avec ceux de Jo (“l’argent est la finalité de mon existence mercenaire), ou en créant le discours inoubliable d’Amy sur le mariage, Greta Gerwig offre à cette œuvre culte et multigénérationnelle une nouvelle version à la fois grand public et radicalement féministe.

 

Petite fille, de Sébastien Lifshitz

Après son superbe Adolescentes, Sébastien Lifshitz filme ici l’histoire de Sasha, petite fille trans, et le combat acharné de sa mère pour lui offrir la meilleure enfance possible. Le documentaire souligne le parcours semé d’embûches de Sasha, notamment à l’école, mais il met aussi en avant l’immense amour de sa famille et la bienveillance du corps médical.

 

Rocks, de Sarah Gavron

Rocks, jeune lycéenne londonienne, doit subitement s’occuper de son petit frère et tenter d’échapper aux services sociaux lorsque leur mère, qui souffre de problèmes de santé mentale, les abandonne sans prévenir. Écrit par Theresa Ikoko et Claire Wilson, et réalisé par Sarah Gavron (Suffragette), Rocks est un récit initiatique féminin bouleversant, et une superbe histoire d’amitié et d’entraide féminine. La jeune actrice Bukky Bakray est une révélation dans le rôle principal.

 

Never Rarely Sometimes Always, d’Eliza Hittman

À 17 ans, Autumn se retrouve enceinte. Elle souhaite avorter, mais ne peut pas le faire sans l’accord d’un parent, selon la loi en Pennsylvanie. Aidée de sa cousine, la jeune fille prévoit alors de se rendre au planning familial de New York, où la législation est différente. Avec une grande économie de mots et de moyens, Eliza Hittman, la directrice de la photographie Hélène Louvart et la jeune actrice Sidney Flanigan déroulent un récit à fleur de peau, qui monte doucement en puissance avant de nous toucher en plein cœur. 

 

Relic, de Natalie Erika James

Un film d’horreur qui accomplit le rare exploit de nous émouvoir autant qu’il nous effraie. On y suit Edna, une grand-mère atteinte de la maladie d’Alzheimer, dont le comportement inquiète de plus en plus sa fille et sa petite fille. Natalie Erika James, qui s’est inspirée de l’histoire de sa propre grand-mère, joue habilement sur notre peur de la maladie et de la vieillesse, mais aussi celle de perdre nos proches, ou encore de se perdre soi-même. 

 

Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn, de Cathy Yan

Avec ce récit d’émancipation, Cathy Yan et la scénariste Christina Hodson prouvent une nouvelle fois, après Wonder Woman, que les femmes peuvent s’imposer dans le monde très masculin des superhéros. Mais Birds of Prey n’est pas seulement un symbole de représentation. C’est aussi et surtout un excellent divertissement parcouru de références féministes, filmé avec brio par Matthew Libatique, et rythmé par des séquences d’actions délirantes, un scénario malicieux et une bande-son rock et féminine. 

 

The Perfect Candidate, Haifaa Al-Mansour 

Après Wadjda, puis un détour par Hollywood avec Une Femme de tête et Mary Shelley, Haifaa Al-Mansour revient en Arabie Saoudite pour raconter l’histoire de cette femme médecin qui décide de se présenter aux élections municipales. Une jolie comédie dramatique portée par la performance charismatique de Mila Alzahrani.

 

Miss Americana, de Lana Wilson

Trop lisse, obsédée par ses ex, pas assez politisée, fausse féministe: en plus de quinze ans de carrière, Taylor Swift a tout entendu. Dans Miss Americana, qui suit plusieurs années charnières de sa carrière, on découvre en fait la chanteuse paralysée par l’envie de plaire à tout le monde. Mais après l’échec cuisant de son album Reputation, la jeune femme se remet en question et décide de prendre position politiquement, contre l’avis de son père et son manager. Un très bon portrait d’une des artistes les plus intelligentes et talentueuses du moment.

 

Miss Revolution, de Philippa Lowthorpe

Les concours de beauté sont des farces sexistes et rétrogrades, mais ce sont aussi des vecteurs de représentation et de progrès. C’est cette contradiction que développe le film de Philippa Lowthorpe, qui met en scène les manifestations féministes lors de l’organisation et la cérémonie de Miss Monde 1970 à Londres. Pendant que les militantes, pour la plupart blanches, dénoncent le concours, Gugu Mbatha Raw incarne Jennifer Hosten, qui espère quant à elle faire bouger les choses de l’intérieur, et deviendra la première femme noire à remporter le prix.

 

Mignonnes, de Maïmouna Doucouré

C’était un des films les plus percutants de 2020. Mignonnes est le récit initiatique d’Amy, jeune parisienne de onze ans qui tente de s’émanciper en rejoignant un groupe de danse. Plus le film avance, plus les chorégraphies d’Amy et ses camarades sont dérangeantes, traduisant l’arrivée brutale du male gaze dans la vie des jeunes filles. Maïmouna Doucouré signe ainsi un portrait fin des affres de l’adolescence féminine, et de la difficulté de se construire en dépit de l’objectification permanente qui nous est imposée.

Anaïs Bordages


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