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Dix séries féministes qu'il fallait voir en 2020

“I May Destroy You”, DR


Il y a au moins un truc dont on peut se réjouir en 2020 (si si): l’arrivée sur nos écrans d’œuvres télé iconoclastes et incontournables sur la féminité, le consentement, le tabou des règles ou encore la ménopause. 

Des skateuses de Betty à la claque I May Destroy You, signée Michaela Coel, en passant par Pen 15 et ses ados des années 90, voici une sélection non exhaustive de nos séries phare de l’année 2020. 

 

Better Things 

Cette dramédie, sur une mère célibataire peu conventionnelle et sa relation avec ses trois filles pré-ados, a toujours été excellente. Mais depuis que Pamela Adlon en a repris seule les rênes, après le départ de son co-créateur Louis CK accusé de harcèlement sexuel, elle s’est tout simplement transformée en chef d’œuvre. Scènes d’engueulades mythiques, envolées impressionnistes ou encore superbes déclarations d’affection: Adlon, qui est à la fois actrice, productrice, réalisatrice et scénariste, a fait de Better Things une fresque hilarante, poignante et iconoclaste sur la féminité dans tous ses états. 

Disponible sur Canal+

 

Betty 

Dans cette série lumineuse de Crystal Moselle, un groupe de jeunes skateuses s’emparent des rues de New York, et travaillent à démocratiser cette pratique encore trop masculine. Son casting attachant, son énergie folle et sa sororité contagieuse ont fait de Betty un bol d’air frais bien nécessaire en cette année confinée.

Disponible sur OCS

 

P-Valley 

Les strip-teaseuses ne sont pas uniquement un objet de fascination pour les hommes, elles sont aussi et surtout des travailleuses comme les autres. C’est ce que nous montre cette excellente fiction de la dramaturge Katori Hall, qui suit le quotidien d’un petit club de strip-tease du Mississippi et de ses employées. Les scènes de danse, par exemple, mettent l’accent sur l’effort physique, le talent et le labeur nécessaires pour créer du fantasme à consommer. Un divertissement intelligent dont on attend avec impatience la saison 2.

Disponible sur Starzplay 

 

Grand Army 

Adaptée de la pièce de théâtre SLUT, Grand Army suit la vie turbulente de plusieur·e·s lycéen·e·s de Brooklyn, parmi lesquel·le·s Joey, la cool girl féministe du lycée (Odessa Adlon). Malicieuse et à l’aise dans son corps, la jeune femme voit son assurance impressionnante retournée contre elle lorsque deux de ses meilleurs amis la violent à l’arrière d’un taxi. Viscérale mais jamais putassière, la série met alors en lumière tous les mécanismes du slut-shaming, et déconstruit avec force le cliché de la “fille facile”. 

Disponible sur Netflix

 

Mrs America 

Cette minisérie raconte l’évolution des combats féministes aux États-Unis dans les années 1970, et la formation en parallèle du courant de pensée conservateur et antiféministe créé par Phyllis Schlafly. Le sujet est casse-gueule, mais Dahvi Waller, qui a fait ses armes sur Mad Men et Halt and Catch Fire, lui apporte toute la subtilité nécessaire, explorant avec brio les contradictions de ses nombreux personnages féminins. Le tout servi par les performances impeccables de Cate Blanchett, Uzo Aduba, Sarah Paulson, Rose Byrne, ou encore Margo Martindale.

Disponible sur Canal+

 

Le Jeu de la dame 

Parfois, on a juste envie de voir une meuf stylée évoluer dans un monde prodigieusement dénué de sexisme, et surmonter littéralement n’importe quel obstacle sans aucune difficulté. C’est exactement ce que nous offre cette série jouissive, écrite et réalisée par Scott Frank (l’excellent scénariste de Hors d’atteinte, Minority Report ou Godless). Beth Harmon, une jeune prodige des échecs incarnée par la magnétique Anya Taylor-Joy, passe ainsi la grande majorité de l’intrigue à battre des hommes à plate-couture, le tout dans de superbes costumes sixties. Un délice.

Disponible sur Netflix 

 

PEN15  

L’adolescence féminine, cet enfer. Maya Erskine et Anna Konkle, les deux créatrices trentenaires de la série, incarnent dans cette comédie des versions pré-ados d’elles-mêmes, et nous plongent dans la nostalgie collégienne des années 1990. Des règles à la masturbation en passant par les terrifiantes soirées pyjama, PEN15 explore allègrement tous les tabous et les petites humiliations de la puberté féminine, avec beaucoup de cœur et une bonne dose d’humour malaisant. 

Disponible sur Canal + 

 

Unorthodox 

Dans cette minisérie créée par Anna Winger, une jeune juive hassidique de Brooklyn, incarnée par l’époustouflante Shira Haas, fuit sa communauté et son mari pour se reconstruire à Berlin. Inspirée d’une histoire vraie, cette œuvre bouleversante ne diabolise jamais la communauté ultra-orthodoxe et développe plutôt un superbe récit d’émancipation féminine. 

Disponible sur Netflix 

 

Dirty John 

Dans sa deuxième saison, cette série d’anthologie frappe une nouvelle fois par son sens de la nuance -une qualité parfois difficile à trouver dans les œuvres de true crime. On y découvre l’histoire de Betty Broderick (Amanda Peet), reconnue coupable du meurtre de son ex-mari et la compagne de ce dernier en 1989. Intégralement réalisée par des femmes, la saison retrace méticuleusement la vie et le mariage de Betty, éprouvée par l’infidélité, la cruauté et le gaslighting, sans jamais tomber dans le pathos ni excuser ses crimes.

Disponible sur Netflix 

 

I May Destroy You 

S’il n’y avait qu’une œuvre féministe à retenir cette année, ce serait évidemment l’immense claque de Michaela Coel -qui joue le rôle principal, et a produit, écrit et co-réalisé la série en s’inspirant de sa propre expérience. Arabella, une jeune autrice londonienne, travaille sur son deuxième roman lorsqu’un soir, elle est droguée et violée dans un bar. Alors que son monde se fracture, la série nous plonge dans la psyché de l’héroïne et sa difficile reconstruction. Un exposé dévastateur sur l’omniprésence sournoise de la culture du viol, et les milliers de manières dont le consentement peut être bafoué.

Disponible sur OCS

Anaïs Bordages 


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