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Arlo Parks: la future star de la néo-soul est bisexuelle et engagée

© Charlie Cummings


Du haut de ses 19 ans, la Londonienne Arlo Parks aborde avec justesse la bisexualité, la quête de soi et les troubles de santé mentale des millennials.  

Est-ce qu’un message résonne encore plus fort s’il est délivré sur fond de musique douce? Dans les années 30, Billie Holiday pourfendait le racisme sur l’hymne jazz Strange Fruit. Dans les années 2010, Jorja Smith dénonçait les inégalités en banlieue avec le superbe morceau r’n’b Blue Lights. Nouvelle voix cristalline prometteuse, Arlo Parks suit déjà, à 19 ans, les traces de ces interprètes engagées. A travers des mélodies qui mêlent pop de chambre, folk et néo-soul, l’artiste londonienne délivre depuis son premier EP, Cola, sorti en 2018 et adulé par Lily Allen, des chansons justes et émouvantes sur sa génération mélancolique, la difficulté d’être soi et l’affirmation de sa sexualité. “Je ne pense pas que mes paroles soient politiques, nous confie-t-elle. Mais je trouve vraiment qu’il y a quelque chose de puissant à présenter une histoire déchirante de manière discrète. 

 

Discrète, Anais Oluwatoyin Estelle Marinho (de son vrai nom), ne le restera sans doute pas longtemps. D’origines nigérienne, tchadienne et française, Arlo Parks a grandi dans un melting-pot d’influences dans lequel elle puise des ritournelles émotionnelles puissantes. Chet Baker, Fela Kuti, Edith Piaf et Otis Redding bercent ses jeunes années avant qu’elle ne découvre, ado, la force du hip hop (Kendrick Lamar, Outkast, Earl Sweatshirt), du rock (Jimi Hendrix, David Bowie) et la langueur fascinante de Sufjan Stevens, St Vincent et Portishead. Elle lit aussi beaucoup, se forgeant un univers poétique plein de spleen marqué par Nayyirah Waheed, Hanif Abdurraqib, Sylvia Plath et Haruki Murakami. “J’ai commencé à écrire des chansons quand j’avais 14-15 ans, explique-t-elle. J’ai pris la guitare et j’ai appris à faire des accords. J’étais très inspirée par la poésie de la beat génération, par King Krule et J Dilla. 

 

Super sad generation

Sa musique a alors une fonction thérapeutique. Arlo Parks lutte avec son identité introvertie et un manque de confiance en elle. Sur sa page Spotify, elle décrit que lors de son passage au lycée, elle se sentait “comme cette gamine noire qui ne pouvait pas danser sur de la merde, écoutait trop de musique emo et avait un crush pour une fille dans sa classe d’espagnol. A 17 ans, radicale, elle se rase la tête; C’est à ce moment-là qu’elle fait son coming out bisexuel. Sa vie amoureuse devient l’un des thèmes majeurs de sa musique. Dans le clip d’Eugene, sorti en février dernier, on voit la jeune fille tisser une relation compliquée avec sa meilleure amie. Pour celle qui a joué l’an dernier au festival Loud and Proud à Paris, fêtant les cultures queer, “célébrer la diversité et la variété des histoires d’amour est très important.”

 

 

Passant de l’intime à l’universel avec une fluidité épatante, Arlo Parks a le don pour traduire les sentiments profonds de celles et ceux qui ne trouvent pas toujours facilement leur place dans ce monde. Dans son mini tube Super Sad Generation publié en 2019, la musicienne dépeint de façon poignante la tristesse des jeunes né·e·s dans les années 2000. Marquée par le suicide d’un ami, elle voulait montrer les vraies couleurs des millennials, derrière les filtres flashy d’Instagram. L’artiste est ambassadrice de la Campaign Against Living Miserably (CALM), une organisation britannique de prévention contre les troubles de santé mentale. Elle désirait délivrer avec sa chanson un message d’espoir. “Je souhaitais dire aux gens qui l’écouteraient:vous n’êtes pas seul·e·s’. J’écris juste sur ce que je vois et j’encourage les gens à s’y connecter, quel que soit leur âge. Cela dit, j’essaie de créer un espace sûr pour les adolescent·e·s qui se sentent mal, isolé·e·s ou confus·e·s. C’est quelque chose que j’aurais aimé avoir en grandissant.” Marquée par les violences policières à l’origine des manifestations du mouvement Black Lives Matter, Arlo Parks a pleinement conscience de la force que peut revêtir sa voix: “On vit un moment lourd et douloureux mais j’espère que le changement arrive. En tant qu’artiste, c’est mon boulot d’encourager l’éducation, de défendre ce qui est juste, et de donner l’exemple.Il y a fort à parier que son premier album prévu cette année devienne la bande-son réconfortante de ces temps troublés. 

Violaine Schütz


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