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Par Audrey P.

Je suis célibataire et je vais avoir un enfant seule

© Cristian/Flickr


Je suis née en 1978, dix ans après la légalisation de la pilule et trois ans après la légalisation de l’avortement.

J’ai toujours été une enfant espiègle et sage. J’ai toujours été une bonne élève. Je n’ai fait aucune crise d’adolescence particulière et j’ai été très amoureuse très jeune. J’ai fait de “bonnes études” comme disent les parents. J’ai rompu avec mon premier amour et j’en ai connu d’autres. Quand mes amis ont commencé à se marier, je n’avais qu’une envie: voyager, découvrir le monde, accéder à un joli poste, sortir. J’avais envie d’avoir des enfants comme presque tout le monde mais ce projet restait relativement abstrait. J’avais le temps.

Je me retrouvais dans la case de celles qui, à 35 ans, n’avaient pas fait “un enfant dans un lit avec leur amoureux”. Pour moi, c’était la double peine.

Et puis j’ai été très amoureuse, à nouveau, plusieurs années. Quand cet homme m’a quittée, ça a été un coup de tonnerre: j’étais immensément triste, bien sûr, mais je me retrouvais de surcroît et bien malgré moi dans la case de celles qui, à 35 ans, n’avaient pas fait “un enfant dans un lit avec leur amoureux”. Pour moi, c’était la double peine.

C’est dans ces conditions que j’ai commencé à transgresser la loi française pour faire une “PMA-hors-la-loi” en Espagne. C’était en 2014. Aucune de mes amies n’avait fait l’expérience de l’autoconservation d’ovocytes à cette époque. Il a fallu que je convainque mon gynécologue français de me suivre dans cette aventure, qui consistait notamment à me traduire et me réécrire des ordonnances espagnoles pour que je puisse acheter les injections d’hormones en France. Je me suis alors mise à passer par un circuit parallèle à l’étranger pour accéder à des traitements qui m’aideraient à défier mon horloge biologique. J’ai fait plusieurs aller-retours à Barcelone pour faire vitrifier mes ovocytes, gagner du temps et m’acheter une certaine sérénité sentimentale. J’ai continué à vivre bien sûr, à rencontrer des hommes, à chercher le prince charmant. Et pendant ce temps-là, mon taux d’AMH -l’hormone qui mesure la fertilité d’une femme- ne cessait de décroître cruellement.

J’ai souvent eu l’impression de devoir me justifier quant à mon statut de “presque-quadra-sans-enfant”, comme si j’avais raté quelque chose.

Plus la quarantaine approchait, et plus je sentais la méfiance des hommes à mon égard. À cela s’ajoutait le fait que je rencontrais de plus en plus d’hommes qui avaient déjà eu des enfants de leur première union… et qui n’étaient pas prêts à en avoir d’autres. J’ai souvent eu l’impression d’être le mouton noir, de représenter un problème pour eux avant même que l’histoire ne décolle vraiment, de devoir me justifier quant à mon statut de “presque-quadra-sans-enfant”, comme si j’avais raté quelque chose.

Au fil du temps, la situation devenait de plus en plus claire: soit je misais sur le fait de rencontrer un amoureux désireux de fonder une famille très rapidement, au risque que cela n’arrive pas, soit je me lançais seule dans l’aventure de la maternité en prenant le pari d’un schéma familial moins conventionnel.

Juste après ma dernière rupture, il y a un peu plus d’un an, j’ai franchi le cap: j’allais faire un enfant seule dans un autre pays que le mien, puisque la France ne me le permettait pas et ne me laissait donc pas le choix. Le moment de faire décongeler mes ovocytes était arrivé. Mais, coup de théâtre au moment de franchir cette étape: la clinique perd sans explication la moitié de ces ovocytes. Après avoir pleuré, crié et invoqué tous les dieux, je me retrouve avec seulement 10 ovocytes et ensuite 5 embryons. Aucun d’entre eux ne donnera une grossesse.

J’étais abattue bien sûr, mais pas désespérée. J’ai changé de clinique à Barcelone, adhéré à une association pour me renseigner sur tous les protocoles existants. J’ai refait tous les examens. La nouvelle donne était claire: mon AMH s’était effondrée, ce qui est normal à 40 ans. “Vous avez 10% de chances de réussite avec vos propres gamètes.” Cette phrase prononcée par mon gynéco a été difficile à entendre, mais elle dit la vérité. Plus on vieillit et moins les traitements hormonaux de fécondation in vitro (FIV) sont efficaces et surtout, plus ils sont lourds. Il faut le dire aux femmes sans pour autant les inquiéter: les célébrités qui font des enfants à 45 ans en un claquement de doigts ont recours au don d’ovocytes dans une immense majorité.

Mon désir d’enfant était puissant et m’a donné de l’énergie tout au long de cette aventure.

Mon dilemme était donc le suivant: recommencer un traitement de stimulation ovarienne très lourd pour un taux de réussite moyen de 10%, ou passer à l’étape suivante avec un double don -d’ovocyte et de sperme- avec un taux de réussite moyen de 60%. Après réflexion, j’ai choisi la deuxième option. En d’autres termes, cela impliquait d’abandonner mon patrimoine génétique. C’est une lourde décision, probablement la décision la plus importante de ma vie, mais je l’ai prise sans sourciller. J’étais prête à être mère. Parallèlement, j’ai créé mon écosystème PMA à Paris et à Barcelone: psychologue, acupuncteur, ostéopathe. J’ai échangé virtuellement avec des femmes au parcours identique au mien, pour nous soutenir mutuellement bien sûr, mais aussi pour nous nourrir d’informations au sujet des dernières techniques médicales. Mon désir d’enfant était puissant et m’a donné de l’énergie tout au long de cette aventure. Il m’a fallu encore trois tentatives. Je suis aujourd’hui enceinte de 14 semaines.

Ce témoignage est modestement destiné à toutes les femmes bien sûr, mais plus particulièrement aux femmes célibataires. Je veux leur dire qu’il existe des alternatives pour celles qui ne souhaitent pas abandonner leur rêve d’avoir un enfant. Malheureusement pas en France. Il faut prendre l’avion et payer pour cela. Ce témoignage est également destiné à nos dirigeant·e·s français·es, afin qu’ils rendent nos lois plus souples, et que les mensonges cessent parce qu’ils existent déjà: des milliers de femmes vont à l’étranger pour concevoir un enfant en demandant à leurs gynécos français de traduire une ordonnance pour la faire rembourser par la sécurité sociale, et fraudent donc déjà. Ce témoignage est enfin destiné, avec beaucoup d’humilité, à humaniser cette aventure pour qu’elle puisse apparaître aux lectrices et lecteurs telle qu’elle existe: parfois très drôle, parfois très difficile, mais toujours très vivante.


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