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Par Yves Deloison

Pourquoi le féminisme est aussi l’affaire des hommes

Raphael Gomes, Campagne ONU Femmes #HeForShe, DR


Des hommes incapables de maîtriser leurs pulsions et qui agressent sexuellement. D’autres qui donnent des coups. Certes, la vox populi s’accorde à dénoncer ces comportements mais leur trouve toujours des excuses. Il faut les comprendre, s’ils agissent ainsi, s’ils violent ou s’ils tabassent, c’est par essence. Beaucoup croient de bonne foi que les hommes sont “naturellement” libidineux, violents et agressifs, telles de pauvres marionnettes manipulées par leurs gènes ou par des montées de testostérone. Les hommes pour les nuls, en somme: à coup de théories biologico-physiologiques ou de Mars et Vénus, on justifie ainsi l’injustifiable, on déresponsabilise, on disculpe et on déculpabilise les hommes de leurs comportements les plus outranciers, les plus condamnables.

Charge aux femmes en revanche de s’adapter, de faire profil bas, de se camoufler comme elles peuvent ou comme on leur impose afin de ne pas provoquer le monstre qui sommeille en chacun des hommes. Sans remettre en cause les différences biologiques objectives, en relativiser l’impact sur les individus s’impose.

On peut être un homme sans être une brute épaisse, un taiseux ou un obsédé de la compétition.

Pour en finir avec ce mythe qui réduit les hommes à l’état de primates, questionnons plutôt les assignations qui les contraignent, les sclérosent et les aliènent de la même façon qu’on interroge celles qui conditionnent les femmes et engendrent discriminations et violences à leur égard. “Sois un homme”, formule qu’on continue d’asséner aux garçons, doit être bannie car elle présuppose une hiérarchie entre les sexes et légitime la suprématie des uns sur les autres.

Certes, le fait d’être un homme conduit plus facilement aux portes du pouvoir et des privilèges. Mais la toute-puissance que l’homme est censé incarner et l’injonction à une virilité outrancière ont un coût physique et psychologique: stress, cancers, maladies cardio-vasculaires, comportements impulsifs, mal-être, échec scolaire, burn-out, dépendances et addictions en tous genres, comportements violents et même haine de soi jusqu’au suicide pour certains. Est-ce un hasard si les hommes représentent les trois quarts des tués de la route et la quasi-totalité des personnes incarcérées? Beaucoup semblent l’ignorer mais on peut être un homme sans être une brute épaisse, un taiseux ou un obsédé de la compétition. La multiplicité des profils vaut pour eux comme pour les femmes.

Femmes et hommes, unissons nos forces pour ne plus subir les représentations archaïques qui nous étouffent.

Pas question non plus de castrer le masculin. C’est sa représentation outrancière à laquelle il faut s’attaquer, ainsi qu’aux conséquences qui vont avec: machisme, misogynie et mépris à l’égard des femmes qu’on peut englober sous le néologisme gynophobie -contraction de “gyné” (femme) et de “phobie” (peur, crainte)- qui permet de pointer toute violence ou discrimination qu’elles subissent. Si “les mots ne protègent pas de la violence, ni de la bêtise humaine […] ils la nomment et, surtout, ils délimitent”, dit Lisa Azuelos, réalisatrice et présidente de l’association Ensemble contre la gynophobie. Bref, la volonté d’en finir avec ces comportement ou avec les rôles stéréotypés et les schémas imposés aux uns et aux autres en fonction de leur genre suffit à justifier l’engagement de tous, hommes inclus. Comment ne pas se sentir concerné?

On suspecte les féministes d’agir contre les hommes, jusqu’à vouloir les émasculer. C’est faux! Le féminisme auquel j’adhère revendique l’égalité entre les femmes et les hommes, pas la complémentarité qui assigne à chaque sexe un rôle prédéterminé. Non seulement le féminisme est essentiel parce qu’il vise à améliorer la place des femmes dans la société mais aussi parce que les hommes ont à gagner de ce combat, en particulier en faisant la peau aux diktats de la virilité fantasmée et caricaturale qui bride leur véritable personnalité. Prendre conscience du conditionnement dont hommes et femmes font l’objet, c’est commencer à se libérer des préjugés. Et pour les hommes, esquisser une masculinité propre à chacun. Je ne crains donc pas de me revendiquer féministe. Bien au contraire. Femmes et hommes, unissons nos forces pour ne plus subir les représentations archaïques qui nous étouffent. C’est une question de liberté et d’émancipation.


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