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Par Myriam Levain

Journal du confinement: Happy confinanniversaire

Instagram / @mileycyrus


On va être un certain nombre dans ce cas cette année, mais il se trouve que moi, c’est arrivé très vite: aujourd’hui, c’est mon anniversaire et je n’avais pas exactement prévu de le fêter seule chez moi. Mais comme pour tout le reste, il a fallu revoir les plans, et vite. 2020 sera donc un anniversaire solitaire. En tout cas physiquement. Pas d’embrassades, pas de dancefloor, ni de photo floue où je ferme les yeux en soufflant mes bougies. La playlist que j’avais préparée passera dans mon salon, ça tombe bien, quasiment personne autour de moi n’approuve mon goût pour le reggaeton. Depuis quelques jours, j’ai eu plusieurs propositions d’apéro Skype, mais au réveil, je n’ai encore rien organisé: comme c’est jour de fête, je décide de traîner un peu plus au lit, en répondant à quelques messages matinaux: ce sera ça, mon cadeau d’anniversaire du jour. Je n’arrête pas d’entendre que le confinement est l’occasion de revaloriser les choses simples, alors je vais le faire.  A 8h30, mon téléphone sonne: ça faisait longtemps que ça n’était pas arrivé à cette heure matinale, plus propices aux textos dans le métro.

Mon amie sort d’un call dans sa salle à manger, elle en profite pour me passer un petit coup de fil comme au bon vieux temps de nos téléphones fixes chez nos parents. On discute, on se raconte ces derniers jours fous, et on se dit que cet anniversaire ne ressemblera à aucun autre. C’est rassurant de parler aux voix qu’on connaît depuis toujours, surtout que j’ai dû le fêter une bonne vingtaine de fois avec elle, on sait qu’on aura d’autres occasions. En raccrochant, je m’aperçois que j’ai reçu pas mal de textos et de Whatsapp et que j’ai déjà un autre appel en absence. Je rappellerai plus tard, en tout cas c’est ce que je crois.

 “Cette année, tout le monde a inhabituellement 5 minutes pour passer un coup de fil.”

Il va falloir que je passe la seconde, car mon anniversaire n’est sur la to do list de personne au bureau, et ma journée s’annonce chargée: pour des journalistes, l’actu du moment n’est pas du tout synonyme de chômage technique.  La matinée file vite, ponctuée de notifications sur mon téléphone, mais je remarque que la cadence d’appels et de FaceTime est inhabituelle. On me sait seule, et cette année, tout le monde a inhabituellement 5 minutes pour passer un coup de fil. Je suis très touchée, mais j’ai toujours dit que le télétravail était du vrai travail, et je dois absolument avancer. Je réponds que je rappellerai. A l’heure du déjeuner, j’ai rendez-vous avec mes parents et mon frère pour souffler une bougie symbolique. L’occasion de tester l’appli qui va faire notre printemps, HouseParty. Ma journée sera ponctuée de notifications me signalant que tel ou tel contact de mon répertoire vient de s’y inscrire également. Forcément, elle permet d’organiser des visioconférences depuis son téléphone avec beaucoup de gens en même temps: le monde entier a besoin de ça en ce moment pour garder contact avec ses proches. A l’heure dite, je vois apparaître les visages de ma famille sur mon écran: ils ont une flûte à la main, j’ai ma bougie devant moi. On chante “Joyeux anniversaire” et le tour est joué.

“Je dois absolument publier, j’ai bientôt un apéro en ligne.”

Munie de mon attestation, j’étais descendue faire mes quelques achats de première nécessité (aujourd’hui, une pâtisserie et des bulles) et j’avais pu constater que les cavistes étaient restés ouverts. Ouf, les Française·s demeurent française·s en toutes circonstances. Malheureusement je suis arrivée trop tard pour les demi-bouteilles de champagne –elles sont épuisées– ce sera donc du blanc. Car c’est décidé, ce soir, je vais m’ouvrir une bouteille seule, chose que je ne fais jamais habituellement. Décidément, ce confinement bouleverse toutes nos habitudes. Je ne peux pas m’empêcher de penser aux chiffres de l’alcoolisme qui vont forcément progresser pendant cette période: le petit ballon de rouge fait lui aussi partie des plaisirs simples qui nous restent et constitue un bon antidépresseur dans ce contexte de film catastrophe qu’est devenue notre vie. Rester seul·e chez soi n’a jamais aidé quiconque à se débarrasser de ses addictions, et je ne voudrais certainement pas m’en créer une, je m’en tiens donc à la demi-bouteille pour marquer le coup ce soir.

J’ai mis ma jupe préférée et des bijoux, alors que j’aurais pu rester en legging sans me laver les cheveux, mais j’ai décidé ce matin que prendre soin de moi faisait partie des petits plaisirs qui m’appartenaient. Après tout, s’il y a une tradition universelle et intemporelle, qui n’a ni classe sociale ni nationalité, c’est celle de fêter son anniversaire quand on a la chance de pouvoir le faire, alors je vais y faire honneur.

En me maquillant, je m’interroge sur la puissance des diktats et j’essaye de démêler ce qui relève du plaisir ou de la pression. Mais je crois qu’on ne m’ôtera pas cette légère excitation de se préparer pour une occasion. Ça aussi, je le range dans les petits plaisirs de la vie, tout comme prendre finalement le temps de répondre à toutes ces attentions, poster une story plus longue que d’habitude sur Instagram (après tout, personne ne m’attend) ou manger un mille-feuilles de la boulangerie. La journée est passée à toute vitesse, je ne suis sortie qu’une demi-heure faire quelques courses et prendre l’air, et la nuit est déjà tombée. Mais je dois absolument publier, j’ai bientôt un apéro en ligne. Et puisque le confinement a tout bouleversé, pour une fois, je compte bien arriver à l’heure.


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