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y comme romy

J’ai couché en anglais

© Louison pour Cheek Magazine


Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy Idol, c’est nous en pire.

Un mois que je suis rentrée de vacances et que je ne pense qu’à une chose: y retourner. Le réveil le matin, les embouteillages et les gens énervés, mes marques de bronzage qui s’effacent progressivement… je vois bien que l’été commence à être un lointain souvenir et je sens avec effroi se rapprocher les courtes journées d’hiver, le teint blafard et le regard fatigué. Pourtant, je crois que j’ai trouvé un moyen de jouer les prolongations, et cette solution s’appelle Olav. Olav est grand et blond. Olav est norvégien, et Olav est en vacances en France.

Je me dis qu’Olav et ses potes auraient bien besoin d’une guide privée pour leur faire découvrir la France.

Quand je le rencontre, je suis en train de boire l’apéro en terrasse avec Sonia. On vient de commencer le récit de nos vacances respectives autour d’un pichet de rosé quand nos trois voisins grands, beaux et blonds nous demandent en anglais de leur conseiller un resto dans le quartier. Sonia, qui en est au feu d’artifice du 15 août et de la nuit dans la voiture qui s’en est suivie, expédie les Norvégiens pour se concentrer sur son histoire. Trop tard, elle m’a perdue, je ne peux m’empêcher de dévisager Olav et ses potes, et je me dis qu’ils auraient bien besoin d’une guide privée pour leur faire découvrir la France. Enhardie par l’effet rosé, je leur lance, au moment où ils quittent leur table: “N’oubliez pas de nous dire combien d’étoiles vous mettez  à notre recommandation!” J’ai conscience que ma vanne est assez nulle, mais Olav saisit la perche et part avec mon 06 afin, dit-il, de pouvoir me faire un rapport détaillé sur le steak tartare qu’il compte s’envoyer. Enfin, c’est ce que je comprends, car mon anglais ne m’a jamais permis beaucoup plus que de commander un hamburger et un coca sans glaçons, en agrémentant ma phrase de multiples “great” pour faire illusion. Je lui lance tout de même un “Scie hiou leilleteure” assuré, et légèrement aviné, que j’estime être hyper sexy au moment où je le prononce.

Je me rappelle subitement que je ne suis pas à la sortie d’une boîte de Mykonos en août mais bien à deux rues de chez moi en semaine.

Deux heures plus tard, on en est à mes aventures avec un prof de surf quand je vois la tête d’Olav apparaître sur mon téléphone. Olav craint les attrape-touristes et aimerait poursuivre la soirée avec de “vraies locales”. Sonia, qui commence à saisir l’intérêt d’un trio de bellâtres d’1,89m, m’encourage à lui répondre vite et à ne surtout pas penser que demain, c’est mercredi, et que j’ai rendez-vous avec mon boss à 9h30. Trois messages plus tard, je suis avec elle et nos nouveaux amis au fond de la cave d’un bar qui figure dans tous les guides, mais où on n’a jamais mis les pieds de toute notre vie. Et pour cause: le vin rouge pique atrocement, coûte un bras, la playlist est restée bloquée en 1997, et la moyenne d’âge est de 23 ans. Mais apparemment, tout le monde trouve le lieu typically french -c’est à se poser des questions sur notre soi-disant élégance intemporelle. Tout ceci ne dérange pas le moins du monde Olav, qui m’apprend justement qu’il vient de fêter ses 25 ans, et qu’il a toujours rêvé d’embrasser une fille devant la Tour Eiffel.

Mon niveau d’anglais me rend très entreprenante.

À ce stade  de la soirée, j’ai complètement oublié que, moi, je n’avais pas 25 ans et que je n’étais pas en vacances, et je lui propose d’aller prendre l’air, ce qui, sans surprise, se termine par un roulage de pelles adolescent contre le capot d’une voiture. Au bout de quelques minutes, qui d’après Sonia sont en fait quelques quarts d’heure, je la vois sortir pour me proposer de partager un Uber avec elle. Je me rappelle subitement que je ne suis pas à la sortie d’une boîte de Mykonos en août mais bien à deux rues de chez moi en semaine. Moi qui d’habitude tourne trois heures autour du pot, je me surprends à demander à Olav: “Do you want that we go in my house?” Mon niveau d’anglais me rend très entreprenante, un peu comme quand j’étais à Barcelone et qu’il fallait qu’on décide qui dormait avec qui dans quelle chambre en rentrant de soirée. Je laisse donc filer Sonia tandis que je poursuis mon exploration de la vie locale avec Olav, qui se retrouve bientôt dans ma cage d’escalier. Alors que je m’excuse de l’état délabré du hall d’entrée, lui a l’air de trouver ça très exotique. Tout comme mon linge qui sèche au milieu de mon studio, et la pile de chaussures sur lesquelles on trébuche pendant qu’on s’embrasse en se déshabillant.

Il commence à me murmurer des choses en norvégien, et je comprends que l’on en est déjà au vif du sujet.

Alors que je suis en train de réfléchir à l’endroit où j’ai rangé mes capotes, je réalise que sous ses vêtements, Olav porte un slip et un maillot de corps. Oui, un maillot de corps, comme ceux que possédait mon grand-père. Je lui demande maladroitement s’il a fait du sport avant de venir, mais il m’explique que chez lui, c’est courant. Pour ce qui est du slip, il a l’air franchement étonné qu’on puisse porter autre chose. À ce moment précis, il commence à me murmurer des choses en norvégien, et je comprends que l’on en est déjà au vif du sujet. Un peu désarçonnée par cet échange culturel nouveau pour moi -depuis ma correspondante allemande de quatrième, je n’avais pas vraiment réfléchi à tout ce qui me rapprochait et me différenciait de mes voisins européens-,  je choisis la stratégie du silence. Je suis de toute façon trop perturbée pour savoir si je dois parler en français ou en anglais, et m’en remets à un moyen de communication universel qu’Olav a l’air de comprendre.

Grâce à Olav et son slip, j’ai l’impression d’être à l’autre bout du monde.

Moi qui suis plutôt coutumière du format 1,74m/lunettes/cheveux ébouriffés, je crois que je suis en train de prendre goût au modèle armoire à glace/sourire ultra bright, même si j’ai un peu peur qu’il ne rentre pas dans mon lit Ikea. Grâce à Olav et son slip, j’ai l’impression d’être à l’autre bout du monde. Et d’ailleurs pourquoi s’emmerder à booker des billets d’avion et faire des valises quand on peut voyager sans quitter son lit? J’en suis là de mes rêvasseries philosophico-baroudeuses quand Olav me prend dans ses bras pour un câlin post-coït, et me lance en français dans le texte “Voulez-vous coucher avec moi ce soir?”. Manifestement très fier de sa référence linguistique en version originale, il explose de rire, avant de s’endormir dans son décor de carte postale. Je lui susurre un “Good night” avec accent et me promets de vérifier à la première heure demain où se trouve exactement la Norvège sur une carte.

Romy Idol


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