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société

Témoignage

“J'ai été conçue grâce à un don de sperme”

© Julia Tissier pour “Cheek Magazine”


Née d’un don de sperme il y a 28 ans, Pauline Pachot se bat au sein de l’association PMAnonyme pour le droit d’accès aux origines des enfants nés de dons de gamètes en France. À l’occasion de la diffusion sur Téva du documentaire Né d’une PMA, dans lequel elle apparaît, nous l’avons rencontrée à Paris.

“Je m’appelle Pauline Pachot, j’ai 28 ans, je suis née à Auxerre et j’ai grandi dans un village de 900 habitants, juste à côté, entre les vignes et les cerisiers. J’ai été conçue grâce à un don de sperme au CECOS (Ndlr: Centres d’études et de conservation des œufs et du sperme) du Kremlin-Bicêtre à Paris. Mes parents se sont mariés un peu avant leurs 20 ans, ils ont rapidement voulu avoir un enfant, et mon père a appris qu’il était stérile à l’âge de 22 ans. Ils se sont lancés dans la PMA et ça été hyper long. Ma mère et mon père faisaient des aller-retours pour les rendez-vous et pour récupérer les paillettes. Lors des premières inséminations, ma mère allait chercher les gamètes au Kremlin-Bicêtre, revenait à Auxerre en train avec ses spermatozoïdes sous le bras (Rires.) et elle se faisait inséminer par son gynécologue. À la neuvième insémination, ça a fonctionné et je suis née quand ma mère avait 30 ans. 

J’ai grandi en pensant que j’étais adoptée. Avant même d’avoir 10 ans, je posais déjà des questions à ma mère. Je ne ressemblais pas à mes parents, ni à mes oncles, tantes ou cousin·e·s. Je ne comprenais pas pourquoi, moi, je bronzais très vite, pourquoi j’avais une cambrure, pourquoi j’avais des formes, les yeux en amande, les pommettes hautes et les cheveux blonds et frisés. Et c’est ce que me renvoyaient les gens aussi: c’est encore très fréquent qu’on me demande d’où je viens, quelles sont mes origines. Seules les sœurs de mon père étaient au courant pour le don de sperme, personne d’autre ne savait dans la famille. À l’époque, le CECOS avait dit à mes parents de ne surtout pas le dire à l’enfant, que ça allait le perturber, que personne n’avait à le savoir et que ça devait rester secret. Ils ont suivi les consignes. Ma mère me montrait des photos d’elle enceinte en me disant qu’elle m’avait bien portée, et que j’étais leur fille. C’est impossible de se dire à cet âge-là qu’il s’agit d’une PMA avec don. En plus, avec le système d’appariement -on cherche un donneur avec un morphotype semblable à celui du père-, on va jusqu’à faire en sorte que le groupe sanguin soit cohérent. Ça va loin dans la protection du secret. 

Ton père, c’est pas ton père.

L’année de mes 18 ans, mes parents se sont séparés. Un jour, alors que j’étais en voiture avec ma mère et qu’on évoquait une dispute avec mon père, elle m’a balancé ‘Ton père, c’est pas ton père’. Le secret devait être trop lourd, c’était un moyen pour elle de se libérer. Ma première réaction a été de penser qu’elle avait eu une aventure et c’est là qu’elle m’a confié qu’ils avaient eu recours à un donneur de sperme. J’ai tout de suite demandé qui était ce donneur et elle m’a expliqué que le don était anonyme et que je ne pouvais pas savoir qui c’était. J’ai d’abord été soulagée car le secret autour de ma conception était dévoilé, puis j’ai eu le sentiment de me retrouver devant un mur. J’étais dans l’incapacité d’avoir des réponses à toutes mes questions. 

Ma mère m’a ensuite demandé de ne pas le dire à mon père. Je ne lui ai dit que neuf ans plus tard. C’est assez typique des enfants nés de dons, il y a un fort sentiment de vouloir protéger le parent stérile: on ne veut pas le blesser ou raviver sa peine. En août 2017, je raconte mon histoire à une copine qui m’encourage à le dire à mon père. Ça a fait office de déclic. Mon petit frère allait avoir 18 ans. Il n’était au courant de rien. De mon côté, je l’avais dit à tout le reste de ma famille, j’avais besoin d’en faire quelque chose de normal. Cacher cette partie-là, c’était cacher une partie de moi, je voulais juste être complète. On s’est vus avec mon père et je lui ai dit que je voulais qu’il sache que je l’aimais et qu’il serait toujours mon papa. Il a compris tout de suite, il avait les yeux pleins de larmes. Il m’a remerciée. Il voulait m’en parler mais il avait peur et honte d’être stérile. Notre relation est encore plus belle maintenant car elle est authentique. L’an dernier, on l’a également annoncé à mon frère qui l’a très bien pris. Il a simplement voulu savoir si on était issus du même donneur, mais mes parents n’en savaient rien: à l’époque on ne leur a rien dit. 

Je me bats pour que les enfants nés de dons aient un droit d’accès à leurs origines.

Je fais partie d’une association, PMAnonyme, et je me bats pour que les enfants nés de dons aient un droit d’accès à leurs origines. Pourquoi maquiller l’histoire de l’enfant? Il a la chance d’être désiré, qu’il soit issu d’un couple homo, hétéro ou d’une femme seule. On peut simplement lui expliquer que son ou ses parent(s) ont eu besoin d’aide pour qu’il vienne au monde. Dans l’idéal, j’aimerais que les enfants le sachent depuis toujours, comme pour la plupart des adopté·e·s. Les enfants ressentent les choses, comprennent, c’est dans leurs mémoires cellulaires. Il ne faut pas qu’il y ait des non-dits. La loi de bioéthique sur la PMA ne sera jamais rétroactive mais j’aimerais, une fois qu’elle sera passée, qu’on puisse recontacter tous les donneur·se·s pour avoir une démarche pédagogique, et leur expliquer pourquoi c’est important pour les enfants nés de dons de savoir d’où ils viennent. Leur expliquer qu’on ne cherche pas un père, une mère, qu’il n’y a pas filiation possible et leur proposer de lever leur identité. J’aimerais aussi qu’on ait accès au dossier médical du donneur·se car on sait bien que des maladies ont pu se déclarer après leur don et on éviterait ainsi la rupture d’égalité dans la médecine préventive pour les enfants issus de dons. 

J’ai été un enfant désiré et aimé. Mon père, c’est mon père. Je n’en cherche pas un autre.

On ne veut pas que le donneur ou la donneuse ne soit plus anonyme au moment du don, que les parents puissent choisir sur un catalogue, comme aux États-Unis. En revanche, on souhaite que l’enfant, à sa majorité, puisse avoir accès à son identité s’il en a envie et que le/la donneur·se en soit informé·e lors du don. On aimerait qu’il y ait une vraie campagne de communication autour du don, que celles et ceux qui donnent soient valorisés, et non plus cachés. Les études réalisées dans certains pays (Suisse, Royaume-Uni, Australie) prouvent, qu’une fois que la loi est passée, il y a une baisse du nombre de dons mais après, les chiffres remontent, et les dons sont finalement plus élevés qu’avant. Si je retrouvais mon donneur, je lui demanderais ce qui a motivé sa démarche, une photo de lui jeune pour que je puisse m’identifier physiquement et qu’il me parle de son histoire, de ses ancêtres. Mais je ne veux pas m’immiscer dans sa vie, rencontrer sa femme ou ses enfants. 

J’ai déjà deux parents. J’ai été un enfant désiré et aimé. Mon père, c’est mon père. Je n’en cherche pas un autre. Jamais personne ne remplacera mon papa, même si demain je retrouve mon donneur et que je m’entends hyper bien avec lui. Il restera simplement mon donneur, il n’est pas dans le projet parental et il ne le sera jamais.”

Propos recueillis par Julia Tissier


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