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société

Dossier “Le corps” / En partenariat avec le CFPJ

Pourquoi trouver un maillot de bain cool en taille 44 est-il quasiment impossible?

© Gaëlle Prudencio


40% des Françaises font une taille 44 ou plus. Pourtant, les marques de prêt-à-porter dépassent rarement le 42. Pour près de la moitié des femmes, trouver un joli maillot de bain est un véritable calvaire.  

Perdue au 4ème étage des Galeries Lafayette, Hélène cherche en vain un maillot de bain pour sa nièce. “Elle porte du 52 et achète ses vêtements sur Internet, mais c’est moche, alors je voudrais lui offrir une jolie pièce pour son anniversaire”, explique-t-elle à la vendeuse qui ne semble pas pouvoir l’aider dans sa quête. Ici, les étalages ne proposent que du 34, 36, 38, parfois 40 ou 42. Rarement au-dessus. Pourtant, selon une étude menée en 2016 par la plateforme Clickndress, une start-up qui opère sur le secteur de la mode en ligne, 40% des françaises font une taille 44 ou plus. Les femmes qui font un 36 ont trois fois plus de choix que celles qui font un 44 alors qu’elles sont 2 voire 3 fois moins nombreuses. “Il y a celles qui font du 36, puis il y a les autres: les laissées pour compte”, regrette Camille Lespes, blogueuse mode plus-size.

 

“On veut bien de nous, mais surtout pas dans les rayons”

Sézane, marque étiquetée jeune et branchée, propose des vêtements du 34 au 42. Sur son e-shop, presque tous les maillots de bain taille 42 sont en rupture de stock. Pourtant, en boutique on est loin de cette réalité. La jolie robe pendue au cintre? Du 38. Les tee-shirts pliés sur l’étagère? Du 36. Et, au rayon maillots, il n’y a que du 34. Un joli bikini trône sur la table, il est si petit qu’il semble être taillé pour une enfant. La vendeuse réplique: “C’est normal, c’est une forme triangle.

 

 

D’autres marques, comme Forever 21, ont adopté la même technique: proposer de la lingerie grande taille, mais exclusivement sur Internet. “C’est comme si on voulait bien de nous, mais surtout pas dans les rayons”, dénonce Isabelle, 54 ans, devant l’absence de choix à l’étage Bain du grand magasin parisien Le Printemps. Primark France, contrairement à ses enseignes anglaises, ne met pas non plus les grandes tailles en rayon. Certaines femmes sont parfois obligées de partir à l’étranger pour leurs séances shopping. “Une fois par an, je vais à Londres m’acheter des jolis vêtements, explique Camille Lespes. Et je ne suis pas la seule! Aujourd’hui, quand on est ronde en France, on n’a que des marques cheap, ou des collections capsules pour dire que l’on pense à nous. Mais nous ce qu’on aimerait, c’est avoir les mêmes vêtements pour toutes, du 34 au 54…” “Il y a une grosse hypocrisie en France, explique Laetitia Reboulleau, journaliste de 28 ans et militante body positive -un mouvement féministe qui consiste à accepter son corps et à affirmer qu’il existe plusieurs formes de beauté. Nous savons que les vêtements dans nos tailles existent puisqu’ils sont dans les rayons à l’étranger, ils ne veulent juste pas les exposer en France.” Alors, l’été venu, trouver un maillot de bain dans lequel elles se sentent bien est une véritable épreuve pour 40% des femmes. La journaliste résume: “Ce qui est censé être un moment de plaisir devient un moment de galère…

 

“Elles veulent des naïades, bronzées, minces”

Malgré la demande, les marques traditionnelles ne proposent pas, ou très peu, de maillots grandes tailles. Les explications données sont nombreuses sans jamais être convaincantes, assure Laetitia Reboulleau. “Il y a eu la peur d’être accusé de promouvoir l’obésité, et donc, la mauvaise santé. Il y a eu l’excuse du prix: produire des grandes tailles nécessiterait plus de tissus et rendrait donc le vêtement plus cher, ce serait une forme de discrimination. Mais que le produit soit plus cher ou qu’il n’existe pas, c’est toujours de la discrimination.

Camille Lespes se souvient avoir discuté du problème avec la marque de prêt-à-porter Amenapih, un univers coloré qui lui ressemble, mais qui pourtant, ne propose pas de taille 48, la sienne. “Elles m’ont dit de façon très honnête que nous ne correspondions pas à l’image de la marque. Elles veulent des naïades, bronzées, minces”, regrette la blogueuse. Pour Gaëlle Prudencio, figure emblématique du mouvement body positive en France, les marques veulent véhiculer l’image de “la Française mince, qui fume et ne mange rien. Mais la vérité c’est que la Française ne fait que grossir depuis les années 1950…

 

 

Si les marques n’affichent pas de grandes tailles et que leurs mannequins font du 34, c’est surtout à cause de “la grossophoie latente en France”, soutient Laetitia Reboulleau. Et d’ajouter: “Dès qu’une nana a l’audace d’afficher ses vergetures, sa cellulite ou ses rondeurs, il y a un déversement de haine.” Camille Lespes va plus loin. Pour elle, “le body positive n’existe pas dans le monde de la mode en France”. Les marques de lingerie les plus connues comme Princesse Tam Tam ou Etam; les petites nouvelles comme Calipige ou Ysé n’ont en stock que des maillots jusqu’au 40 ou 42. Comme si la demande n’était pas assez forte pour pouvoir produire. Pourtant, la blogueuse en est persuadée: “Ce n’est pas une histoire de marché. Quand on est ronde, on est prête à dépenser des sommes folles pour se sentir bien dans nos vêtements. Encore plus dans des maillots de bain. Il y a un potentiel énorme, mais les marques ne sont pas prêtes à passer le cap.

 

“Bientôt, les marques n’auront plus le choix”

Pour Gaëlle Prudencio, pouvoir porter un joli maillot  participe à l’acceptation de son corps quand on est plus size. Or, les femmes qui taillent au dessus du 42 n’ont parfois pas d’autre choix que d’enfiler un une-pièce noir, basique. “La seule chose que l’on veut, c’est se sentir à l’aise et sexy dans son maillot de bain”, témoigne Laetitia Reboulleau.

Alors certaines, lassées par ce manque de choix, ont décidé de prendre les choses en main. C’est le cas d’Emmanuelle Szerer, créatrice d’Almé Paris, une marque qui propose des vêtements du 40 au 50. “Je faisais une taille 36, mais après mes deux grossesses, mon corps a changé et je porte désormais du 46, raconte-t-elle. J’avais l’habitude de porter de jolies marques, comme Maje, Sézane, mais je me suis rendu compte que ce n’était plus possible. J’ai donc décidé de créer ma propre ligne.”  Prochainement, Emmanuelle Szerer prévoit de lancer une collection de maillots de bain. Jolis et adaptés à la morphologie des rondes.

 

Les blogueuses, en portant la parole des femmes rondes, permettent peu à peu de faire évoluer les choses. Récemment, Lalaa Misaki a créé sa ligne de maillots grandes tailles chez Gémo, qui a connu un grand succès. “On continue de se battre, ce n’est pas perdu, affirme Camille Lespes. Je suis persuadée que les gens en ont marre de voir des femmes qui ne leur ressemblent pas dans les publicités. Bientôt, les marques n’auront plus d’autres choix que de nous prendre en compte.

Marylou Magal et Fanny Plateau 


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