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société

Grève des IVG: le SYNGOF, un syndicat fondamentalement hostile à l'IVG?

Capture d'écran du mail envoyé en interne par le SYNGOF


Le Syndicat National des Gynécologues et Obstétriciens de France brandit une  “grève des IVG” pour se faire entendre du gouvernement. 

[Cet article a été mis à jour le 18 mars 2019]

Dans un mail envoyé lundi 11 mars en interne à ses adhérents, le Syndicat National des Gynécologues et Obstétriciens de France annonce être prêt à faire une “grève des IVG” pour faire entendre certaines de ses revendications syndicales. Les membres du SYNGOF ont encore frappé, avec l’une des trouvailles misogynes dont ils ont le secret. En septembre dernier, Bertrand de Rochambeau, président du syndicat, comparait l’avortement à un homicide. Aujourd’hui, c’est Jean Marty (ex-président et actuel membre du conseil d’administration du SYNGOF) qui appelle à arrêter de faire des interruptions volontaires de grossesse (IVG) si la ministre de la Santé refuse de les recevoir.

 

Un mail interne dénoncé par une féministe 

Dans un courriel interne envoyé lundi 11 mars aux 1 600 adhérents du syndicat, Jean Marty évoque un problème d’assurance professionnelle au coût “trop élevé” qui menacerait la profession. Sur un ton grave, il annonce: “Nous devons faire scandale et être prêt à arrêter la pratique des IVG pour nous faire entendre. […] Préparez-vous donc à ce que le syndicat vous donne l’ordre d’arrêter les IVG si la ministre de la Santé refuse de nous recevoir.” Le mail, qui n’était pas censé être rendu public, a été dévoilé mercredi 13 mars par “Ann”, alias @Marianntoinette. Cette internaute féministe qui préfère rester anonyme montrait une capture écran dudit mail accompagné du commentaire suivant: “Délit d’entrave à l’IVG, menace de chantage envisagé et planifié ce jour même par le 1er syndicat des gynécologues-obstétriciens. Faites tourner, mobilisez-vous pour détruire ce syndicat hostile dont les femmes sont la dernière des préoccupations.

 

 

Discrète, Ann nous explique qu’elle ne “cherche pas à s’exposer” mais que dévoiler cet e-mail était pour elle “la seule chose à faire”, comme une “alerte” à lancer. Certaines instances de santé ont immédiatement réagi. Pour le Conseil National de l’Ordre des Médecins, “menacer de priver des femmes de l’accès à l’IVG est totalement contraire à la déontologie médicale” et “aucun conflit avec les autorités ne saurait le justifier”. Pour la ministre de la Santé Agnès Buzyn, ces menaces sont “inadmissibles” et “en aucun cas une telle prise en otage des femmes ne peut servir de levier de négociations”.

 

 

Les “Gilets jaunes de la gynécologie

Contacté par téléphone, le rédacteur du mail, Jean Marty, nous explique sur un ton décontracté que cette “provocation” est la “seule solution” qu’il a trouvée pour “se faire entendre”. Face aux réactions du Conseil de l’ordre des médecins, il rétorque: “Le Conseil peut nous critiquer mais il ne fait pas grand-chose alors son avis… Quant aux pouvoirs publics, ils mentent allègrement et ont de belles paroles qui ne se traduisent jamais en actes. Bercy est totalement complice du système et du lobby assurantiel.

Pour justifier sa position, il ajoute:“Nous sommes un peu comme les Gilets jaunes, nous n’avons pas d’autre solution que la provocation. D’ailleurs, nous avions déjà fait une grève des IVG il y a environ dix ans en 2004 ou 2006. L’émotion que cela avait suscité avait rapidement emmené le gouvernement à trouver des solutions et finalement cette grève n’avait pas eu à se prolonger.

 

Le droit à l’avortement, vulgaire outil de communication pour le SYNGOF

Lorsqu’on lui demande s’il comprend que cette façon de prendre les femmes en otage est totalement injuste, anti-déontologique et qu’un médecin ne peut pas faire une grève des IVG comme un cheminot ou un taxi ferait une grève des transports, le gynécologue répond avec une assurance désarmante: “Les femmes sont aujourd’hui les égales des hommes et c’est tant mieux. Mais si elles sont les égales des hommes alors elles doivent aussi contribuer au fait que les professionnel·le·s qui s’occupent d’elles exercent dans des conditions décentes. Les femmes doivent entendre cela. Nous sommes en colère et, afin de nous faire entendre, nous faisons en sorte que la situation soit aussi insupportable pour les femmes que pour nous. Cela n’est pas tolérable, donc on rend cela intolérable également pour les femmes, afin de trouver une solution.

L’ex-président du SYNGOF assume totalement de prendre les femmes en otage pour être entendu: “Vous voyez, aujourd’hui, vous m’appelez suite à cette provocation. Si nous n’avions pas brandi une telle menace, vous n’auriez pas parlé du sujet.” Menacer un droit fondamental des femmes est donc devenu pour le premier syndicat des gynécologues de France un simple outil d’une communication syndicale. Comme le rappellent certain·e·s internautes: les cancérologues ne menacent pas d’arrêter les chimiothérapies et les pédiatres n’arrêtent pas de réanimer des nouveau-nés pour faire entendre leurs voix.

 

Un syndicat fondamentalement hostile à l’IVG 

La militante féministe Marie-Hélène Lahaye, détricoteuse attentive des “coups médiatiques” du syndicat, nous confie: “Je ne crois pas à la stratégie du bad buzz [Ndlr: évoquée par le SYNGOF pour se justifier]. Le SYNGOF est coutumier des attaques au droit à l’IVG: Bertrand de Rochambeau déclarait récemment que l’IVG est un homicide. Avant ça, Élisabeth Paganelli [Ndlr: actuelle secrétaire du SYNGOF] voulait refuser les arrêts-maladie suite à une IVG et invitait les femmes à avorter les jours fériés. Aujourd’hui, Jean Marty demande la compréhension des femmes. Mais comment peuvent-elles comprendre que des médecins portent atteinte à leurs droits et les poussent aux avortements clandestins dangereux pour défendre la situation de 15 médecins condamnés par la justice pour faute grave ou négligence? Les gynécos responsables de cet appel commettent une infraction notoire au code de déontologie. Ils bafouent la loi sur l’IVG et méritent une procédure en radiation.” Comme Marie-Hélène Lahaye, nombre de professionnel·le·s et internautes en appellent à dénoncer à l’Ordre des Médecins ces propos du SYNGOF en les signalant comme délit d’entrave à l’IVG et chantage, notamment via des formulaires pré-remplis.

Sabrina Debusquat 


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