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société

Parler de sex-toys sur YouTube, l'acte militant féministe de Clemity Jane

© Louise Thomann


Design girly, montage rapide et ton léger, Clemity Jane est une vidéaste qui reprend tous les codes des YouTubeuses beauté. Sauf qu’elle ne parle pas de mascara, mais de sex-toys. Depuis trois ans, elle rassemble une communauté de près de 100 000 abonné·e·s. Parler de masturbation lui permet de transmettre un message féministe, sexpositif et inclusif à un public adolescent qui découvre la sexualité.

Sa biographie Twitter le clame: Clémence Chung Gofman, alias Clemity Jane, est féministe. Ça transpire dans ses reviews de sextoys: “Je le glisse en sous-texte dans mes vidéos, pour que les femmes prennent en main leur sexualité et sortent de l’image de la femme-objet, soumise aux désirs de l’homme dans un modèle hétérosexuel.” Fille d’une soixante-huitarde féministe, la jeune femme de 26 ans a grandi dans un milieu où l’égalité de genre va de soi. De féministe “passive”, elle a mûri ses convictions après l’adolescence, sur Internet.

Chez elle, la sexualité n’est pas un tabou: c’est même sa mère qui lui achète son premier vibromasseur à 15 ans. Plus tard, en cherchant des informations sur le sujet, elle découvre qu’aucun·e vidéaste ne traite de ce sujet. Elle décide alors de lancer sa chaîne YouTube, en 2015. “Le simple fait de faire une chaîne où je parle, à visage découvert, de sextoys, c’est en soi un acte militant, un symbole”, sourit-elle, des plis de malice au coin des yeux. Trois ans plus tard, sa chaîne recueille près de 100 000 abonné·e·s, et faire des vidéos est devenu son métier à temps plein. Ces dernières s’adressent à des jeunes: selon les statistiques de la plate-forme, la majorité de ses fans ont entre 18 et 25 ans. “Mais en vrai, je pense que c’est plus 13-25 ans. Beaucoup de jeunes en s’inscrivant disent avoir 18 ans pour pouvoir accéder à toutes les vidéos”, précise-t-elle. Cette estimation se confirme dans ses messages privés. Des collégien·ne·s et des lycéen·ne·s lui posent des questions sur la virginité, la sexualité, le couple, etc.

 

Sex-toys et masturbation féminine 

Je suis un peu comme une grande sœur”, explique Clemity Jane. Elle décrypte les sex-toys d’un ton jovial, assise sur son lit aux couvertures roses, et crée une relation de confiance avec son public. Elle apporte des notions de base: qu’est-ce qu’un clitoris, ou encore comment utiliser un préservatif. “J’essaye de vulgariser au maximum, toujours en utilisant un vocabulaire respectueux, médical: pas bite ou cul, mais on va parler pénis, anus, vagin etc. Je pense que c’est en leur parlant comme à des adultes qu’ils vont devenir des adultes”, croit savoir la vingtenaire. Elle aborde la masturbation féminine avec décontraction: “C’est admis que tous les mecs se branlent, mais une fille qui se touche, ce n’est toujours pas naturel. Alors que c’est normal!” Son objectif est clair: il faut briser ce tabou, et déculpabiliser les adolescentes.

Pour la jeune femme, qui a étudié la philosophie pendant cinq ans, la sexualité est un moyen d’empowerment pour les femmes. “Les encourager à prendre en main et à revendiquer leur sexualité -ou leur asexualité-, c’est commencer à prendre les rênes de leur propre vie”, assure-t-elle. Son public est majoritairement féminin, mais de plus en plus d’hommes regardent ses vidéos. Ils représentent 40 % des abonné·e·s de sa chaîne. “Je fais passer des messages féministes, donc c’est cool si des mecs viennent s’informer, comme ça ils feront moins de la merde”, plaisante-t-elle. Avant de redevenir sérieuse, en abordant les questions du consentement, ou de la sexualité forcée au sein du couple. Elle a fait une vidéo sur ce sujet, pour témoigner au moment de #MeToo: “Je me sens le devoir de sensibiliser là-dessus. Je glisse ce message à chaque fois que ça se présente dans mes vidéos: si tu as envie, c’est oui, si tu ne veux pas, c’est non.

 

Inclure les problématiques LGBT

Au fil des ans, ses vidéos ont évolué, du “guide d’achat de sex-toy” à des sujets plus diversifiés, comme le poids, les poils etc.: “En fait, maintenant, les trucs les plus féministes, c’est quand je ne parle plus de sex-toys.” Consciente que ses vidéos sont “une petite graine de savoir” au milieu de la jungle d’Internet, elle espère faire réfléchir son public sur les rapports d’oppression dans la société. Notamment envers la communauté LGBT. “Au début on me faisait remarquer dans les commentaires que parler de ‘sex-toys pour femme’, ça mettait de côté les personnes trans: ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on a une vulve.” Alors elle a adapté son vocabulaire, en parlant de sex-toys “pour vulve”, et en invitant des personnes concernées sur sa chaîne pour parler de l’usage des sex-toys dans un couple homosexuel, ou des problématiques transgenres.

Pour la quatrième année de la chaîne,Clémence Chung Gofman rêve de nouveaux horizons. Après l’éveil à la sexualité pour les adolescents, elle veut s’adresser aux adultes, et donner des contenus plus frontalement militants. Mais en attendant, comme elle le dit à chaque vidéo: “Faites-vous plaisir!

Louise Thomann


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