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société

Livre

Dans son livre, la journaliste Aurélia Blanc donne des clefs pour éduquer les garçons sans sexisme

Sex and the City, DR


Dans son manuel d’éducation antisexiste Tu seras un homme féministe mon fils, la journaliste Aurélia Blanc déconstruit les stéréotypes du genre et donne des clefs aux parents pour une éducation des garçons plus égalitaire. 

Comment éduquer nos fils pour qu’ils ne deviennent pas sexistes?” Aurélia Blanc, journaliste pour le magazine Causette et jeune mère, a répondu à cette question dans son premier ouvrage Tu seras un homme féministe mon fils, un manuel d’éducation antisexiste pour des garçons libres et heureux (Marabout). Sorti en librairies le 10 octobre, le livre regorge de témoignages, d’avis d’expert·e·s et de conseils pratiques. 

C’est enceinte que la jeune autrice a commencé à réfléchir à l’écriture de ce livre. “Je ne connaissais pas le sexe de mon bébé mais j’étais intimement persuadée que j’attendais un garçon, ce qui a soulevé pas mal de questions chez moi. Je me demandais notamment comment l’élever de manière égalitaire pour qu’il n’adopte pas plus tard un comportement sexiste”, nous explique-t-elle au téléphone. Une interrogation qui traverse bon nombre de parents féministes. 

 

Qu’est-ce qui t’as donné envie d’écrire ce livre?

Dans un premier temps, j’ai commencé à chercher des réponses en me disant qu’il existait sans doute plein de choses pour penser une éducation féministe en direction des garçons, mais je me suis rendu compte qu’il n’y avait quasiment rien. Je suis allée à la librairie Violette and Co, à Paris, qui est spécialisée sur les questions féministes et j’étais persuadée que je trouverais quelque chose là-bas. Mais la libraire a fini par me dire “Il n’y a absolument rien sur ce sujet à ce jour. C’est un livre qui reste à écrire”. À ce moment-là, je me suis dit que ce serait peut-être utile d’avoir un livre qui rassemble les ressources disponibles et qui, sans être exhaustif, permette de poser des bases un peu larges et un peu solides pour poser cette question.

A qui s’adresse-t-il?

Le manuel s’adresse très clairement à des parents de garçons mais aussi, de manière un petit peu plus large, à des professionnel·le·s de l’enfance ou de l’adolescence, c’est-à-dire tou·te·s celles et ceux qui sont amené·e·s à côtoyer des jeunes et à intervenir auprès d’eux.

Quels grands thèmes te sont directement venus à l’esprit?

Celui de l’éducation au consentement et à la prévention des violences sexuelles. Ca me semblait vraiment important. Il y avait aussi la  question de la lutte contre les stéréotypes qui sont omniprésents: comment leur faire face? Et puis celle qui est un peu à la marge dans le livre, mais qui me semblait aussi importante d’aborder, c’était celle des mères féministes avant nous. J’avais beaucoup en tête cette image selon laquelle une mère féministe de garçon serait forcément un peu castratrice. C’est quelque chose que j’ai beaucoup entendu autour de moi, alors je me posais pas mal de questions sur ce que ça implique. Qu’ont fait les mères féministes avant nous? Etaient-elles vraiment ces monstres castrateurs qu’on dépeint parfois? Ca me semblait aussi important d’évoquer ça de manière un peu sérieuse. Enfin, il y avait la question “qu’est-ce qu’être un homme féministe?”.

Quel genre de réactions as-tu reçues depuis la sortie de ton livre?

A ma grande surprise, j’ai eu énormément de réactions très positives, je ne m’y attendais pas du tout. J’ai reçu beaucoup de messages de parents, souvent des mères, parfois des pères, qui me disaient, et qui me disent encore “merci, ce sont des questions que je me posais”. J’ai eu d’autres types de réactions, très négatives, notamment venant de groupes masculinistes, anti-féministes affirmés. J’ai eu droit à beaucoup d’insultes, quelques menaces de mort. Ce qui montre qu’on touche sans doute à une question à la fois sensible et essentielle, sinon ces hommes n’auraient pas réagi de la sorte.

“On estime que le rose est une couleur féminine et qu’un garçon qui s’approcherait de cette couleur pencherait du côté du féminin et donc du côté de l’homosexualité.”

Pour te documenter, tu as dit ne pas trouver d’ouvrages dédié à l’éducation des garçons. Pourquoi ce vide?

Je crois qu’assez logiquement et spontanément, pour les enjeux égalitaires, on s’est d’abord adressé aux filles. Ces dernières décennies, ça se comprend assez facilement parce que ce sont les filles et les femmes qui sont les principales victimes des inégalités de genre. On s’est beaucoup concentré sur comment aider les filles à s’émanciper, comment leur permettre de devenir des femmes libres et indépendantes, de faire face au sexisme de la société. Il y a eu pendant longtemps un impensé sur la question des garçons. Je crois que, quelque part, c’est comme si la société avait cru un peu naïvement que pour régler la question du sexisme et des inégalités, la solution se trouvait du côté des filles. Ce qui est vrai, mais elle réside aussi dans l’éducation des garçons. Et je me suis rendu compte que, collectivement, on avait assez peu pensé l’éducation des garçons au regard des évolutions qu’on a connues ces dernières décennies. Ce qui explique sans doute pourquoi il y avait peu de supports disponibles sur la question. 

Selon toi, pourquoi la société a toujours peur que les garçons, en portant du rose, deviennent homosexuels?

Déjà, il y a une confusion entre ce qui relève du genre, ce qu’on estime être féminin ou masculin, et la question de l’orientation sexuelle. Comme si tous les hommes homosexuels aimaient le rose et que tous les hommes hétérosexuels et correspondant au standard viril ne pouvaient pas aimer le rose. C’est faux, c’est un non-sens absolu et par ailleurs, on a ce préjugé de l’homosexualité tout simplement parce que culturellement, aujourd’hui, on estime que le rose est une couleur féminine et qu’un garçon qui s’approcherait de cette couleur pencherait du côté du féminin et donc du côté de l’homosexualité. Cette peur très ancrée, cette peur de l’homosexualité est la raison consciente ou inconsciente pour laquelle, généralement, on va décourager les petits garçons d’investir un terrain dit féminin.

Un an après #MeToo, penses-tu que les gens sont prêts à questionner les masculinités?

Je pense que oui, une partie des gens est plus encline aujourd’hui à questionner les masculinités et la construction des masculinités parce qu’il y a eu le mouvement #MeToo, l’affaire Weinstein et que tout ça a quand même créé une petite onde de choc. Néanmoins, je crois qu’il ne faut malheureusement pas se tromper, ça ne concerne pas toute la société. Il y a trois jours sur Twitter, je lisais encore un fil d’une mère qui racontait que son fils de 6 ans a renoncé à porter ses baskets préférées, qui sont roses, parce qu’il subissait pas mal de moquerie à l’école. Et quand on lit les réactions des adultes qui commentent, on se rend compte que c’est loin d’être gagné et que les préjugés sont encore très forts.

Propos recueillis par Wendy Le Neillon


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