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Elles ont lancé Daughters of Witches, un concept store féministe en ligne

Marta Szmyd et Natacha Bastiat © Kamil Rewienski


Natacha Bastiat, 26 ans, et Marta Szmyd, 34 ans, ont lancé Daughters of Witches, un e-shop féministe qui propose sweats, casquettes, maillots de bain ou mugs aux messages engagés et des posters à l’effigie de femmes qui brisent les stéréotypes. 

Si vous n’avez pas encore trouvé votre casquette ou votre maillot de l’été, on vous conseille d’aller faire un tour sur ce nouvel e-shop féministe: Daughter of Witches. “Make Witches Great Again”, “Witchy Mermaid” ou encore “Beach Switch”, ici les slogans engagés tournent autour des sorcières, figures féministes dont on a pas mal parlé cette année. Ils sont déclinés sur des sweat-shirts, des maillots de bain ou bien des coussins. Derrière ce projet, deux femmes, Natacha Bastiat, journaliste franco-allemande de 26 ans (Ndlr: collaboratrice de Cheek Magazine) basée à Varsovie, et la Polonaise Marta Szmyd, 34 ans, fondatrice d’une compagnie de design, Mill Studio, à Cracovie. Avec les bénéfices des ventes, les deux jeunes femmes soutiennent plusieurs ONG féministes. On leur a posé quelques questions.  

 

Qu’est-ce qui vous donné envie de lancer Daughters of Witches?

L’idée nous est venue après l’élection de Donald Trump et le mouvement de femmes qu’il y a eu aux États-Unis. En prenant part à la Women’s March, nous avons vraiment eu envie de participer à un mouvement féminin global avec notre propre plateforme. En tant que clientes, nous avons remarqué qu’il nous manquait un shop où nous pourrions utiliser notre pouvoir d’achat pour soutenir d’autres femmes. Marta, qui est polonaise, a elle aussi été témoin de l’importance de se battre pour les droits des femmes en Europe. Elle se bat d’ailleurs quotidiennement en soutenant le mouvement de protestation Czarny Protest. Nous nous sommes dit que créer Daughters of Witches nous permettrait d’être plus actives politiquement et d’offrir des produits que nous-mêmes nous voudrions acheter.

 

Elles ont lancé Daughters of Witches, un concept store féministe en ligne

© Kamil Rewienski

C’est quoi exactement, Daughters of Witches?

Avec Daughters of Witches, nous voulons avant tout créer un groupe de femmes qui s’entraident, comme les sorcières au Moyen Âge qui aidaient souvent les autres femmes. Nous voyons ce e-shop comme un outil qui nous permettra de créer cette communauté. Concrètement, nous vendons des produits avec une identité forte -ils sont écologiques et organiques- mais aussi drôles et féministes afin de pouvoir soutenir financièrement des ONG féministes

Nous essayons de mettre en avant des femmes qui cassent les stéréotypes de genre et écrivent l’histoire.

En quoi est-ce un e-shop féministe?

On sait qu’en ce moment, le féminisme est utilisé à tout va en marketing par des marques qui sont tout sauf féministes! Ça nous énerve d’ailleurs! De notre côté, nous nous considérons féministes pour plusieurs raisons. D’abord, nous soutenons trois ONG féministes que nous avons sélectionnées avec beaucoup d’attention. Il y a Women Refugee Route, une ONG basée au Danemark qui soutient les femmes réfugiées en Europe. Mina Jaf, la fondatrice, est une jeune femme étonnante, qui a déjà reçu plusieurs prix et était sur la liste Forbes des 30 under 30 cette année. La Federacja na rzecz Kobiet i Planowania Rodziny est une ONG basée à Varsovie qui se bat pour les droits de contraception et d’avortement des femmes en Pologne. Enfin, nous sommes très fières de soutenir la Fondation Jahjaga avec les profits de la vente du poster d’Atifete Jahjaga, qui fut présidente du Kosovo de 2011 à 2016. Durant son mandat, elle s’est battue pour les droits des femmes et elle continue ce combat avec sa fondation. Ensuite, nous proposons des produits avec des messages féministes et, grâce à nos posters “Witch Crush Wednesday”, nous essayons de mettre en avant des femmes qui cassent les stéréotypes de genre et écrivent l’histoire. Nous savons que les femmes qui ont fait de grandes choses ne sont pas représentées de la même manière que les hommes, nous voulons aider à réécrire leur histoire. 

 

 

Pourquoi ce nom?

C’est lié aux récents mouvements féministes, nous en avons eu marre de voir les hommes, suite au lancement du hashtag #MeToo, se plaindre de la “witch hunt”, la “chasse aux sorcières”. Ils n’ont pas le droit de s’approprier ce terme: la “witch hunt” est justement l’une des conséquences du patriarcat de l’époque. Et puis, nous sommes tombées sur cet incroyable article de Lindy West dans le New York Times, intitulé Yes, This is a Witch Hunt. I’m a Witch and I’m Hunting You. Ça a été un vrai déclic: nous nous sommes rendue compte qu’en tant que féministes, nous devions aider les femmes à se réapproprier l’histoire des sorcières. La chasse aux sorcières fait partie de l’histoire des femmes en Europe et aux États-Unis, et c’est important d’honorer l’histoire de ces femmes qui ont été tuées, persécutées car elles ne se conformaient pas aux stéréotypes de genre. Nous ne pouvons pas laisser le patriarcat prendre le contrôle de cette histoire, elle nous appartient, et nous voulons transformer la façon dont les sorcières sont perçues. Elles étaient souvent des femmes éduquées, différentes, qui étaient hors des normes du genre. 

Elles ont lancé Daughters of Witches, un concept store féministe en ligne

© Daughters of Witches

Quels sont vos objectifs avec cet e-shop? 

Réécrire l’histoire des sorcières, faire de “witches” un mot de ralliement pour les femmes et leur offrir de vraies figures d’inspiration féministe. Nous voulons aussi pouvoir soutenir économiquement plus de femmes; non seulement des ONG, mais aussi des marques montées par des femmes en les mettant en avant sur notre e-shop. Devenir une sorte de concept store féministe en fait, mais ça risque de prendre du temps!

Propos recueillis par Julia Tissier 


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