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Aider les victimes de violences à devenir entrepreneures, c’est le pari de l’association Led by Her

Chiara Condi, la fondatrice de Led by Her, DR


Led By Her propose aux victimes de violences une formation et un suivi pour développer leurs start-up. Interview de Chiara Condi, fondatrice et présidente de l’association.

Aider les femmes à se reconstruire par l’entrepreneuriat: c’est l’objectif que l’association Led By Her s’est fixé en proposant une formation d’un an aux femmes victimes de toutes formes de violences. Le 12 septembre prochain, une petite trentaine de participantes feront donc leur pré-rentrée à Paris, avec pour objectif de découvrir la promotion, l’association et ses valeurs, mais aussi de présenter pour la première fois leur projet de start-up.

Derrière cette initiative, on trouve la présidente de l’association, Chiara Condi, une trentenaire italo-américaine au CV bien rempli. Après Harvard, c’est à Sciences Po et à la London School of Economics qu’elle complète sa formation avant de trouver un emploi à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BRED).

Quelques années plus tard, en 2014, elle décide de créer Led By Her, avec l’aide de deux écoles de management basées à Paris: l’IÉSEG et l’ESCP Europe. Au programme: 300 heures de cours dispensées de septembre à juillet pour permettre à quelques femmes victimes de violences, d’apprendre l’entrepreneuriat. L’association assure également un mentoring pour chacune des femmes, mis en place grâce à la start-up Early Metrics. La fondatrice de Led By Her nous en dit davantage. Interview.

Pourquoi avez-vous décidé de créer Led By Her?

Je souhaitais aider les femmes violentées en leur donnant la chance d’accéder à une autonomie économique. Les femmes représentent 40% des entrepreneur(e)s en France, elles sont encore minoritaires. Parmi elles, le point de vue de celles ayant subi des violences est souvent passé sous silence.La majorité d’entre elles n’ont pas eu l’occasion de s’épanouir dans leur vie professionnelle à cause de leur situation personnelle.

Elles ont un parcours différent et difficile, qui donne naissance à des idées originales.

Leur accès au monde des start-up est pourtant intéressant pour le marché: elles ont un parcours différent et difficile, qui donne naissance à des idées originales. Et pour chacune, au-delà de l’aspect économique, devenir entrepreneure est l’occasion de se retrouver, de se rapprocher de ses passions en mettant sur pied un projet qui leur ressemble. Elles en sont capables, tout le monde peut-être un leader.

Vous avez découvert l’aide à grande échelle pendant votre expérience à la BRED. Comment en êtes-vous arrivée à vouloir agir au niveau local?

Je tire de mon expérience à la BRED le constat que les investissements mis en place à grande échelle sont utilisés de façon différente par les hommes et les femmes, même s’ils sont développés dans une logique mixte. Les deux sexes ne bénéficient pas des aides de la même façon. J’ai découvert que je voulais développer un projet à petite échelle, directement axé vers les femmes. En agissant au niveau local,  on redonne le pouvoir à l’individu, et on s’appuie sur l’idée que tout le monde a quelque chose à donner pour faire avancer la cause. On parle de temps à accorder, d’argent à investir ou même d’une salle de classe à mettre à disposition. Je considère que ce sont les microgestes qui font la force de Led By Her.

Concernant les disciplines enseignées, un tiers de notre programme est centré sur le développement personnel.

Concrètement, qu’est-ce qui est enseigné aux participantes, et de quelle façon?

Nous travaillons avec l’IESEG et l’ESCP Europe. Ces deux écoles ont accepté d’offrir à l’association leurs connaissances académiques, de mettre quelques professeurs à notre disposition et de nous laisser accéder à leurs salles de classe. Concernant les disciplines enseignées, un tiers de notre programme est centré sur le développement personnel. L’idée étant de trouver et de discuter de qui elles sont, de là où elles veulent aller, de ce qui les passionne pour que le projet de start-up soit entretenu par une motivation totalement personnelle. Les cours restants ont un aspect plus technique: elles y apprennent le marketing et la communication par exemple. Lorsqu’elles terminent cette formation d’une année, elles sont ensuite suivies pendant deux ans par des mentors qui les accompagnent tout au long de leur projet.

Vous accueillez entre 25 et 30 femmes par année. Comment les participantes sont-elles sélectionnées?

Les femmes victimes de violences qui pourraient être intéressées par notre formation sont orientées vers Led By Her par des associations ou des professionnels qui leur viennent en aide, des urgences aux assistantes sociales. La sélection se fait ensuite sur dossier puis par entretien individuel et collectif. Elles candidatent avec une idée de start-up en tête, qui évoluera au fil de l’année. Le critère sur lequel nous nous appuyons essentiellement est celui de la motivation. On veut éviter les désistements.

Les promotions précédentes sont-elles parvenues à créer leurs start-up ?

On a de bons retours même si le bilan est assez difficile à évaluer pour le moment car il existe différents cas de figure. Il y a celles qui y arrivent au bout de quelques années et celles qui ont déjà entrepris les premières démarches pendant leur formation. Parmi nos anciennes élèves, Julie Abissegue a créé Dju Agency, the Afropean Changemaker dont le but est de faire connaître les artistes africains en Europe, un exemple de belle réalisation.

Propos recueillis par Margot Cherrid 


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