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Série

On a regardé “Plan Cœur”, la rom com française de Netflix, et on vous dit ce qu'on en pense

Sabrina Ouazani, Joséphine Drai et Zita Hanrot dans “Plan Cœur”, ©Netflix


Disponible sur Netflix à partir de vendredi 7 décembre, Plan Coeur met à l’honneur un casting alléchant et tente de briser les codes de la comédie romantique avec, notamment, des personnages non stéréotypés. Un pari presque réussi, étant donné que la série rassemble quand même quelques clichés sur les relations amoureuses.

Les actrices Sabrina Ouazani, Zita Hanrot, Joséphine Draï, la réalisatrice de Connasse, Noémie Saglio, le tout sur Netflix… Le cocktail de Plan cœur, la nouvelle série de la plateforme américaine de streaming, disponible à partir du 7 décembre, donne plutôt très envie. Le pitch? Deux trentenaires embauchent un escort boy pour aider la troisième copine de leur bande de potes  à remonter la pente après une rupture difficile. Si une histoire d’amour pour le moins tumultueuse débute entre les deux personnages, c’est finalement trois couples portés par trois profils de femmes très différents qu’explore le programme.

Accrochez-vous: Emilie, enceinte jusqu’au cou, légèrement control freak, est en couple avec Antoine. La sœur de ce dernier, Charlotte, habite avec eux. Éternelle ado, elle enchaîne les petits boulots et les relations sans lendemain, jusqu’à tomber sur Mathieu, meilleur ami d’Antoine, avec qui elle développe un plan sympa “AirbnBaise”, qui prend un virage plus sérieux assez rapidement. Elsa, elle, s’est fait plaquer par Maxime (ami d’Antoine et Mathieu), et oscille depuis entre déprime et messages alcoolisés envoyés -presque- par erreur à ses ex-compagnons à base de “Suce-toi demain”. C’est donc pour “la sauver, enfin pour la baiser”-premier cliché, dans la série, les femmes “se font baiser” plus qu’elles ne baisent- que Jules est engagé. Comédie romantique oblige, le jeune homme tombe sous le charme de la personnalité maladroite et attachante de la célibataire.

Sexualités décomplexées, cuites sympas entre potes, debriefs pizza, binouzes devant un match du Red Star: la deuxième série française de Netflix, après la décevante Marseille, séduit sur le papier. On ne s’ennuie pas une seconde pendant les huit épisodes, bien rythmés, de trente minutes. Pourtant, même si la volonté de moderniser le genre de la rom com est clairement affichée, quelques éléments un poil clichés nous ont fait grincer des dents. Attention, spoilers.

 

 

Des rôles féminins qui font du bien

Paumée, Charlotte vit aux crochets de ses proches. Trop rigide, Emilie étouffe son copain. Éternellement fleur bleue, Elsa se fait balader par les hommes qu’elle rencontre. Vous l’aurez compris, Noémie Saglio, Chris Lang et Julien Teisseire, les showrunners du programme, ont préféré imaginer des personnages plus réalistes que parfaits. Et ça marche! Si on ne s’identifie pas forcément à l’un de ces profils, on connaît toutes une Charlotte au tempérament de feu, prête à nous venger d’un ex qui revient à la charge après nous avoir brisé le cœur. Pour un apéro entre potes, on inviterait bien Elsa, qui a l’air de se lâcher gentiment en soirée. Enfin, mention spéciale à Emilie, qui incarne parfaitement cette amie toujours là pour vous coller un coup de pied aux fesses quand il le faut. On appréciera également que Gaïa, celle qui semble dans les premiers épisodes incarner la maîtresse sans-cœur, voleuse d’homme, soit finalement présentée comme un personnage qui, comme les autres, a simplement tenté sa chance dans une nouvelle relation, à laquelle elle mettra un terme avec panache. 

 

L’amour, mais pas que

Bon, certes, ce n’est pas le sujet principal de la série. Mais l’ambition professionnelle de ces femmes, et leurs activités en dehors du couple et du foyer sont intelligemment mises en avant dans Plan Cœur. Emilie, enceinte, tient à poursuivre la direction des travaux qu’elle a entrepris dans sa future maison, tout en faisant croire à son copain qu’elle se rend au yoga prénatal. On devine qu’Elsa n’est pas pleinement satisfaite de son travail à la mairie de Paris, mais elle continue à s’y investir et à imaginer de beaux projets, comme l’accueil de migrants dans un gymnase de la capitale. C’est finalement celle sur laquelle on misait le moins, Charlotte, qui s’épanouit en imaginant et développant un service de VTC destiné aux femmes, pour éviter les remarques sexistes dont elle est elle-même victime de la part d’un chauffeur de taxi, en rentrant de soirée. On regrette juste qu’elle ne saute le pas, et ne décroche un rendez-vous pro, qu’à partir du moment où elle reçoit le soutien d’un homme, alors que la série insiste sur l’esprit d’entraide qui règne entre ses trois héroïnes.

 

Zita Hanrot et Marc Ruchmann dans “Plan Cœur”, ©Netflix

Peut faire mieux niveau féminisme et modernité

Entre ce teaser qui détourne une scène de Love Actually avec un langage fleuri et un dessin de pénis, les scènes qui normalisent la fumette, ou le fait que les trois amies parlent ouvertement de sexualité, Plan Cœur se veut -un peu- subversive et moderne. On aurait tout de même apprécié que la comédie romantique aille plus loin dans la rupture des codes. Malgré la punchline “2018, elle n’a pas besoin d’un mec pour reprendre sa vie en main”, lâchée par Joséphine Draï dès le premier épisode, les femmes qui servent de personnages principaux recherchent toutes, consciemment ou non, à s’accomplir dans une relation hétérosexuelle au schéma classique. L’exemple le plus marquant est celui de Charlotte. La jeune femme s’affiche comme libérée, et affirme à plusieurs reprises son rejet pour la vie de couple, ou tout au moins, pour les histoires exclusives. Pourtant, et sans grande surprise malheureusement, elle terminera en pleurs dans les bras d’un homme, lui déclarant “Je suis désolée”, quelques heures après une punchline pourtant univoque: “Un legging et des converses, ça va bien ensemble, mais le lendemain, je veux pouvoir mettre un jean. [...] En gros, ça ne me dérange pas si tu vois d’autres meufs”. Les scénaristes sont ici passé·e·s à côté de l’occasion de représenter une forme d’amour moins conventionnelle, et de laisser une place au polyamour et aux relations libres. Plus simple encore, Charlotte aurait pu incarner une célibataire qui souhaite le rester et ne se sent pas victime de sa situation. Parce que ces femmes existent pour de vrai, et vont bien, merci pour elles.

Margot Cherrid


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