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culture

#monpremierharcèlement: l'exposition sur le traumatisme du premier harcèlement sexuel

DR


Pour son installation #monpremierharcèlement, Clemence Vazard met en son et en image les souvenirs de femmes qui évoquent la toute première fois où elles furent victimes de harcèlement sexuel. Entretien express. 

Clemence Vazard, artiste parisienne de 32 ans, présente jusqu’au 25 mars au FGO-Barbara à Paris son installation #monpremierharcèlement. Un parcours sonore et visuel qui donne la parole à 12 femmes françaises, d’âges et de milieux sociaux différents, victimes un jour ou l’autre de harcèlement sexuel. “Lorsqu’on est harcelée, agressée, il est rare qu’on fasse le récit de cet événement, pour tout un tas de raisons: parce que c’est plus simple, parce qu’on ne nous croira pas, parce que c’est dangereux, parce que c’est banal… on choisit de se taire”, confie Clemence Vazard qui souhaitait aborder ce sujet “intime et universel”. “Je leur ai donné l’occasion de raconter leur histoire. Je les ai écoutées, pendant une heure ou plus, je les ai accompagnées dans leur récit, jusqu’au bout et même au delà, explique-t-elle. En retour, elles m’ont offert leur histoire et leur regard sur lesquels je suis intervenue pour créer mon propre récit.”

Quelles sont les réactions des femmes lorsque vous leur proposez de raconter leur histoire, leur souvenir de harcèlement?

Les réactions sont très diverses! Certaines sont déjà dans une démarche engagée sur le sujet donc très volontaire, d’autres refusent catégoriquement. Le cas de figure que j’ai trouvé particulièrement intéressant c’est lorsqu’une femme s’excuse de ne pouvoir participer parce qu’elle n’a jamais été confrontée au harcèlement. Dans ce cas je lui propose de réaliser quand même un entretien, en parlant du sujet en général. Si elle accepte, assez rapidement, les souvenirs surgissent et peu à peu une histoire en particulier vient prendre sa place dans l’entretien, se raconte du début à la fin, se requestionne, s’analyse… Je me pose en témoin lucide, je n’interviens que pour faire avancer le récit, pour encourager à poursuivre l’histoire jusqu’au soulagement. La parole a un réel effet thérapeutique, et l’échange, la discussion permettent de partager le poids des souvenirs. 

Et vous, quel est votre premier souvenir de harcèlement ? 

Pour le raconter avec les mots justes il faudrait l’équivalent de 6 à 8 pages écrites. En fait, ce projet m’a révélé des souvenirs que j’avais enfouis. Certains sont évidemment très présents, et influent sur mon comportement de tous les jours, quand je me trouve dans certaines situations. Bref, on appelle ça un traumatisme et je pense que le fait de changer de trajet, de se camoufler sous des vêtements amples ou de regarder ses pieds quand on marche sont autant de formes de traumatismes. Ce qui me frappe, et que ce projet me confirme, c’est que les histoires sont nombreuses et les souvenirs remontent aux âges de l’enfance ou à la pré-adolescence. Et si les faits ne sont pas forcément graves en soi, ils ont été très marquants pour les jeunes filles et les femmes qu’elles sont devenues. 

Pourquoi allier le collage photo à une bande sonore? 

Le collage est mon médium privilégié, c’est celui vers lequel je me tourne dès que j’ai une idée, besoin de m’exprimer. C’est une démarche assez automatique chez moi. Mais pour ce projet je voulais sortir de ma zone de confort en travaillant aussi d’autres médiums, produire mes propres matériaux avec la photographie, travailler le son avec les témoignages et produire une oeuvre totale, complexe comme son sujet. Le résultat est une installation sensorielle qui procure des réactions assez fortes chez les visiteur·se·s. Je voulais que chacun·e se projette dans les récits de ces femmes et se questionne sur sa propre expérience. Le montage sonore fait appel au souvenir, on entend des bribes, quelques mots choisis puis un brouhaha, une clameur. Je ne vais pas vous décrire toute l’installation… puisque je l’ai conçue comme une expérience, il faut l’expérimenter!

Propos recueillis par Audrey Renault


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