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Kaviya Ilango, l'illustratrice indienne qui dessine poils, règles et vergetures

instagram.com/wallflowergirlsays


Avec son Dirty Laundry Project, Kaviya Ilango, illustratrice indienne, débale son linge sale sur Instagram. Les règles, la glande devant Netflix, les poils ou la dépression, elle dessine sans filtre des instants loin des codes polissés des réseaux sociaux. Entretien express. 

“Rien n’est sale ou tabou!” À 29 ansKaviya Ilango, artiste indienne plus connue sous le nom de wallflowergirlsays, lutte en dessin contre les tabous et stéréotypes de genre de notre temps. Un combat commencé il y a un an, lorsqu’en quête d’ “un exutoire pour évacuer ces frustrations et confusions d’adultes”, elle lance le Dirty Laundry Project sur son compte Instagram. Elle y publie régulièrement des dessins percutants, qui taclent en vrac les réseaux sociaux, le body-négativisme, le tabou des règles, les poils, les vergetures Une manière de mettre en lumière des moments intimes mais universels, loin du glamour habituel des posts Instagram. 

“Je traite de tous les sujets qui me viennent en tête, mais aujourd’hui, je me concentre surtout sur le corps féminin et les standards de beauté irréalistes perpétrés par les médias ou la pop culture”, confie Kaviya Ilango qui trouve l’inspiration dans sa vie quotidienne, dans les livres, les séries, les films, mais aussi en discutant avec ses proches, ses collègues ou de parfaits inconnu·e·s croisé·e·s au hasard de ses rencontres à Mumbai. S’inspirant de l’imagerie traditionnelle indienne, de sa mythologie, mais aussi de l’art contemporain et du graphisme minimaliste, Kaviya Ilango signe des œuvres colorées, cyniques mais toujours drôles: “J’illustre des sujets parfois très compliqués comme l’anxiété, le deuil ou la mort, mais j’essaye toujours de glisser un trait d’humour dans mes dessins.” 

Pourquoi avoir lancé le Dirty Laundry Project? 

L’an dernier, alors que je scrollais sur Instagram, je ne voyais défiler que des selfies retouchés, des photos de vacances léchées ou des salades hors de prix. Moi aussi, j’ai déjà posté ce genre de photos, mais à cet instant, j’ai été frappée par notre mensonge à tous. En ligne, nous ne dévoilons que les aspects les plus parfaits de nos vies. Si vous jugez les gens en fonction de leurs posts sur les réseaux sociaux, vous penserez que tout le monde est satisfait et épanoui dans son quotidien. On sait très bien que c’est faux. Derrière les filtres Insta, notre génération est confrontée à la solitude, aux diktats physiques, aux addictions, au cynisme, aux relations amoureuses de plus en plus compliquées… Je voulais parler de ces problèmes à travers mon art, pas seulement d’une manière sérieuse, donc forcément hypocrite, mais avec humour, un humour noir qui jette la lumière sur ces questions. Plus les gens discuteront de ces sujets tabous  ou sales  avec décontraction, plus ces thèmes deviendront communs et seront acceptés par la société.

Faites-vous de l’art féministe? 

Aujourd’hui, le mot “féministe” est balancé à tort et à travers. Suis-je convaincue que les hommes et les femmes méritent un traitement et des droits égaux? Oui. Cela fait-il de moi une féministe? Absolument, et j’en suis fière. Pour autant, mon art ne parle pas uniquement de féminisme. De nombreux thèmes abordés dans mes dessins sont sans rapport avec le genre, comme l’addiction aux technologies ou la procrastination. Mais il est évident que je travaille beaucoup sur des sujets liés aux femmes comme la misogynie, le harcèlement sexuel ou les règles. Des thèmes auxquels j’ai été moi-même confrontée. Lorsque je traite de ces problématiques, je ne pointe pas seulement les hommes ou le système patriarcal, je signifie aussi que nous sommes tou·te·s concerné·e·s, qu’en laissant faire ou en se taisant, chacun·e d’entre nous contribue à perpétrer les inégalités hommes/femmes.

 

#100daysofdirtylaundry Day 75 – Claustrophobic. . #wherestheexitdoor? #lookwhereevolutiongotus #theironyofpostingithere 🙊 #technologyaddiction #wallflowergirlsays . . (Awkward hi to all the humans and instagram bots who’ve joined since last week 🙋🏾‍♀️ It’s been a crazy week, the #100daysofdirtylaundry project got published on Indian news platforms, got translated in Russian, French and German magazines, I had my own clickbait headline and I gloriously fumbled my way through a radio talk show. I’m not a trained artist, so all this is kind of honestly overwhelming 🙈 Just writing in to thank everyone who reached out and saw value in my little project and words. If I haven’t responded to your DMs/comments, excuse my social awkwardness, appreciate each of your msgs 🙂)

Une publication partagée par Hi! (@wallflowergirlsays) le

Pourquoi les réseaux sociaux sont-ils autant présents dans vos illustrations? 

Beaucoup de mes illustrations sont basées sur le négatif et les dangers que peuvent engendrer les réseaux sociaux et la technologie. Mais ce n’est pas l’expression d’une haine ou d’une peur. Comme n’importe quel outil, je pense que la technologie a des aspects positifs et d’autres négatifs, et que tout dépend de l’usage qu’on en fait. Je pense seulement qu’en tant qu’individus, comme nous ne dressons aucune frontière entre nous et la technologie, elle est lentement en train de nous consumer et de nous rendre accro. Chaque like ou retweet est comme un shot de dopamine pour notre cerveau qui en éprouve du plaisir. C’est un cercle vicieux, on en veut toujours plus, sinon, on est en manque. C’est cette dépendance que je crains.

Propos recueillis par Audrey Renault 


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