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Documentaire

Joséphine Baker: Qui était vraiment la première icône noire?

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L’icône noire Joséphine Baker est à l’honneur d’un documentaire puissant signé Ilana Navaro et diffusé sur Arte dimanche 24 mars. 

Près d’un siècle après son triomphe au Théâtre des Champs-Elysées dans La Revue nègre, Joséphine Baker reste encore dans l’imaginaire collectif comme la sulfureuse danseuse noire vêtue d’une ceinture de bananes. C’est pour dépasser cette image simpliste et teintée de racisme qu’Ilana Navaro, réalisatrice née à Istanbul et installée en France depuis 18 ans, a décidé de lui consacrer un film. Dans Joséphine Baker, première icône noire, diffusé dimanche 24 mars à 17h35 sur Arte, elle retrace la vie de cette enfant du Missouri, ayant fui à l’âge de 13 ans la famille blanche qui l’exploitait et la maltraitait -le récit de la maîtresse de maison qui lui plonge la main dans l’eau bouillante pour la punir d’avoir cassé la vaisselle fait mal. Repérée par un producteur de spectacles, elle traverse l’Atlantique pour s’installer à Paris, où elle connaîtra un succès incommensurable mais ambivalent, les un·e·s épris·es de sa modernité et de son iconoclasme, les autres conforté·e·s dans leurs fantasmes colonialistes.

Mobilisée contre la ségrégation et le racisme aux États-Unis, mais aussi figure active de la résistance française, celle qui cachait des documents secrets dans ses partitions se révèle dans un portrait intime.

 Immense star en France, Joséphine Baker se heurtera à la réalité frontale de la ségrégation à chaque retour dans son pays natal, où elle finira enfin, lors de la marche sur Washington le 28 août 1963, par être accueillie triomphalement -elle sera d’ailleurs la seule femme à prendre le micro ce jour-là. Mobilisée contre la ségrégation et le racisme aux États-Unis, mais aussi figure active de la résistance française, celle qui cachait des documents secrets dans ses partitions se révèle dans un portrait intime, qui revient aux sources de son engagement. Ilana Navaro nous explique la genèse de son projet. 

 

 

Pourquoi t’être intéressée à Joséphine Baker?

Joséphine Baker est une étrangère, la “danseuse à la banane” des Français. J’avais le sentiment que son image était largement réductrice. J’ai voulu comprendre comment elle avait vécu la façon dont les gens la percevaient. Quelle était son expérience intime en tant que première star noire de l’histoire? Je suis partie de nombreux témoignages qu’elle a publiés très tôt, dès 1929. Ses récits, à l’appui de nombreuses archives, ont permis de renverser la perspective, de raconter la société blanche, française et américaine, à travers le regard d’une femme noire, et une star de surcroît. 

Ton documentaire met en avant son combat contre le racisme. D’où venait chez elle cette nécessité de s’engager?

C’était une question de survie. Il fallait d’abord qu’elle se fasse accepter dans la société blanche de l’époque: on peut considérer que ceci a été le point de départ de son combat. Mais une fois qu’elle a compris que son statut de star ne la protégerait pas du racisme -surtout aux États-Unis-, elle a décidé de se battre de façon plus consciente, en s’inscrivant dans un combat collectif. 

Quelle a été pour toi son action la plus forte?

C’est difficile de citer une seule action, il y en a tellement! Pour elle, ce serait certainement d’avoir fondé sa tribu “arc-en-ciel”, en adoptant 12 enfants de 12 origines différentes. J’aime aussi beaucoup le moment où elle refuse de chanter aux États-Unis tant que les noir·e·s ne sont pas admis·es dans la salle.

 

Josephine Baker dans une de ses plus fameuses tenues de scène.

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Comparée aux États-Unis, la France qui a porté aux nues Joséphine Baker semblait faire preuve d’une ouverture exemplaire. Était-ce le cas?

Effectivement, la France peut s’enorgueillir d’être le pays qui a accepté Joséphine Baker, l’élevant à un statut de star. Ceci ne serait jamais arrivé dans les États-Unis des années 1920. Mais le rôle que la France a donné à Joséphine est extrêmement ambigu. Elle était “la sauvage” des Français, on la méprisait, même s’il y avait dans ce regard une admiration pour la liberté et le courage qu’elle véhiculait. Plus ou moins consciemment, Joséphine Baker a  joué de cette imagerie raciste pour en faire une arme.

Chaque danseuse -ou actrice- noire en Europe est héritière de l’histoire de Joséphine Baker.

En quoi a-t-elle aussi bousculé les mœurs en tant que femme?

Comme dit brillamment l’écrivaine et universitaire Margo Jefferson, l’une de nos intervenantes, Joséphine Baker était l’incarnation de la liberté moderne. Tantôt icône de la modernité, tantôt sauvage domestiquée, elle arrivait à choquer la vieille Europe. Elle est devenue un modèle pour toutes celles et ceux qui voulaient se débarrasser des carcans du passé.

Peut-on parler d’icône intersectionnelle?

Ce serait un terme un peu difficile à appliquer à l’époque où elle a vécu, mais pourquoi pas? 

Qui sont d’après toi ses héritières aujourd’hui?

On pourrait dire que Beyoncé est son héritière la plus connue. Elle a même dansé avec une ceinture de bananes, en hommage à Joséphine. Mais chaque danseuse -ou actrice- noire en Europe est héritière de l’histoire de Joséphine Baker. Elle a été la première à prendre cette place. Elle a ouvert la voie.

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski


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