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culture

Portrait

Gaëlle Garcia Diaz, le portrait tout trashé d’une YouTubeuse beauté

Gaëlle Garcia Diaz, DR


Dans le monde de Miley Cyrus, elle serait la Miley de l’ère Wrecking Ball au milieu d’une ère Disney. YouTubeuse beauté pas comme les autres, Gaëlle Garcia Diaz est un électron libre au phrasé trash, plus proche d’une poupée tueuse que d’une placide Barbie. 

Mise à jour du 15 mars: [NDLR: Une vidéo postée sur Snapchat quelques jours avant la publication de cet article montre Gaëlle Garcia Diaz tenant des propos violents à l'encontre des féministes. Cette vidéo a été portée à notre connaissance après la mise en ligne de ce portrait. Nous sommes bien entendu en désaccord total avec son discours et avions choisi de lui consacrer un portrait car nous trouvions justement que ses tutos avaient quelque chose de profondément féministe dans leur liberté de ton.]

Sans second degré, qu’est-ce qu’on se ferait chier!” Soufflés par ses lèvres glossées, les mots de Gaëlle Garcia Diaz sont bruts et spontanés. Comme elle. L’écouter digresser et blasphémer, c’est déjà la sentir face à soi, même lors d’une lointaine interview téléphonique- la vidéaste cultivant sa dérision en Belgique. Gaëlle Garcia Diaz ressemble à “ta super pote un peu bourrée qui te parle de manière salace” et c’est précisément ce qui fait son succès sur YouTube, où elle enchante depuis un an désormais ses 750 000 abonnés par ses vidéos cosmétiques, alignant masques de beauté, eye liner ciselés, maquillage rétro et instants tattoos. Sauf que du “tuto de salope qui se respecte” aux tips “pour les grosses pucelles du make-up”, des conseils pour avoir “un regard de braise en mode grosse chiennasse de la casse” au teasing du “rose Barbie, rose pute, rose mangeuse de chibres”, Gaëlle Garcia Diaz est surtout experte en “tutos what the fuck”, comme elle le dit si bien. Si ses lipsticks et fonds de teint la rapprochent d’EnjoyPhoenix ou Elsa Makeup, elle les prescrit sourire en sus aux “grosses tchoins”, “suceuses de queues” et autres “putes” -une insanité crachée dès l’intro de ses vidéos. Un jargon qu’elle perpétue dans le rap avec son alter ego Martine, dont le premier son assassin, Sale, mis en ligne en février, a explosé le pic des deux millions de vues. Un pastiche “des clips avec des meufs à poil et des Lamborghini” produit par Seezy, bras droit du rappeur Vald, modèle dont elle recycle à sa sauce le 33ème degré et les provocs jubilatoires. Une nouvelle métamorphose pour celle qui semble avoir eu autant de vies que de visages.

 

Langage cash et ongles roses

Bien avant d’expliquer qu’“apprendre à se maquiller, c’est comme faire sa première fellation”, Gaëlle Garcia Diaz naviguait déjà à contre-courant. Dès ses études en communication, elle diverge et ouvre grand les portes du mannequinat, s’affichant en une de Playboy -et d’une quarantaine d’autres publications. Lassée de s’effeuiller, elle s’initie aux joies de la dissimulation en pénétrant le monde du poker, côtoyant “machos typiques” et “mecs un peu geek qui ont peur des femmes”. Devenue joueuse professionnelle, elle prend goût au faire semblant et offre ses talents de comédienne qui s’ignore en participant à l’émission de télé-réalité La Maison du bluff, avant de s’aventurer du côté d’Hollywood Girl, dérivé vide de cette télé-poubelle dont NRJ12 nous abreuve.

gaëlle garcia diaz youtube beauté

DR

Puis elle comprend qu’à force de “sois belle et tais-toion n’est plus vraiment soi-même. La voici alors qui investit YouTube, posture anti-gnan-gnan en bandoulière. Appliqués mais pénétrés d’une prose punk, les tutos de Gaëlle Garcia Diaz l’apparentent au jawbreaker, ce bonbec susceptible de briser les mâchoires des teenagers: on le croit doucereux mais on s’y casse les dents. Une gourmandise trop acidulée pour le chaste YouTube qui s’est permis de démonétiser la majorité de ses vidéos, sous couvert d’“incitation à la violence” et de “contenu à caractère sexuel”.

Être quelqu’un d’autre me soigne de quelque chose: c’est ma thérapie à moi.

Mais pas question de délaisser ce langage aussi tranchant que les ongles qu’elle peinturlure. “Quand on te traite de sale pute, on le fait pour te blesser, mais moi je le fais pour te faire rire, parce qu’il faut se détendre le string cinq minutes. Quand tu banalises ce mot en l’employant tout le temps, tu le ridiculises, il perd tout son impact destructeur, il n’a même plus de connotation vulgaire.

 

Ayant encore en travers de la gorge “les messages de haine, des trucs horribles à la limite de la persécution” dont on l’inonde depuis ses prémisses, Gaëlle Garcia Diaz s’est faite partisane de l’auto slut-shaming pour prendre de court les mâles en manque d’imagination -ou, comme elle aime à le dire, “tous ces mecs en chien”. À l’instar de la chanteuse Sia tweetant un nude pour devancer les paparazzis, elle fait de l’arme un bouclier. Voire une déclaration d’amour à destination de ses “pétasses” de cœur. “Quand j’insulte mon audience, c’est toujours avec gentillesse et délicatesse, rigole cette grande sœur qui semble bien moins chérir ses consœurs YouTubeuses beauté et leur monde “plus sombre que l’intérieur de mon cul”, décoche-t-elle sur Twitter.

 

Fardée sans filtre

On se dit que ses saillies agressent, mais elles guérissent. “Être quelqu’un d’autre me soigne de quelque chose: c’est ma thérapie à moi. Je mets une carte son sur mon personnage, ce qui amplifie ce que je suis, ma folie et mes sentiments, confesse-t-elle. Les shootings étaient déjà son issue de secours, une réponse à la boulimie qui l’accablait ado. “On ne s’expose pas par narcissisme, on ne se retrouve pas en Une d’un mag si tout va bien dans sa vie”, assure-t-elle. Fardée mais sans filtre, Gaëlle Garcia Diaz attise le regard d’autrui autant qu’elle l’élude, capable de “lâcher un pet de fouffe face cam ou de se faire la boule à zéro en soutien à sa belle sœur cancéreuse. Pour elle, sacrifier ses tifs est un juste retour à ses convictions les plus enracinées. “C’est un geste libérateur. Ne plus avoir à se cacher derrière ses longs cheveux te confère du pouvoir. Les magazines féminins te vendent des crinières de princesse et veulent te persuader que la beauté est dans les cheveux, mais c’est faux.

 

 

Où est la beauté alors? “Dans la chatte!” riposte-t-elle, mais aussi dans ces rouges à lèvres et fards à paupières qui valent tous les tracts si tant est qu’on y ajoute un brin de trash. “C’est subversif: tu choques beaucoup plus en étant maquillée comme un camion volé. Si tu as envie de déranger, mieux vaut ne pas passer inaperçue…, convient-elle. Au quotidien, cette fan de Lady Gaga met cependant à feu doux son excentricité acide et avoue “aimer rester au calme, dans ma petite laine de mamie”. Haters gonna hate, son futur se fera sur YouTube, mais aussi sur scène pour peaufiner son flow fiévreux.  “Si les gens ont encore du mal avec ce que je leur montre, ils ne sont pas prêts pour la suite. Jusqu’ici, je dilatais. Bientôt, je vais mettre le bras!”, se gausse Martine-Gaëlle. Peu importe son blaze. Aujourd’hui, la survoltée est surtout elle-même. C’est déjà beaucoup.

Clément Arbrun


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