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Par Guillaume Nail

Pourquoi la littérature jeunesse doit combattre le sexisme

Célibataire, mode d'emploi © Warner Bros Ent. Inc. and Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Ratpac-Dune Entertainment, LLC


En mars dernier, j’ai été parrain du festival Femmes dans la Ville, à Cherbourg-en-Cotentin, qui œuvre depuis plus de quinze ans en faveur de l’égalité femmes-hommes. Dans ce cadre, je devais répondre à l’épineuse question: la littérature (jeunesse) est-elle sexiste?

Naïf que je suis, j’étais certain de dénicher les doigts dans le nez pléthore d’éléments pour illustrer mon propos. L’égalité femmes-hommes est plus que jamais dans l’air du temps et nul doute que la littérature jeunesse avait depuis longtemps pris la question à bras le corps, à grand renfort d’études, d’actions et de bonnes pratiques.

Patatras. En réalité, je découvrais des études vieilles des années 90, de rares maisons d’édition clairement revendiquées anti-stéréotypes -merci entre autres à Talents Hauts- et des auteurs, libraires, chercheurs -motivés mais engagés en ordre dispersé-, dont les témoignages et articles sonnent comme autant d’appels au secours à peine entendus malgré l’urgence de la situation.

“Parce que l’égalité ne progresse que trop lentement, il faut sonner la charge en ordre groupé.”

Pire encore: quand une figure de proue comme Clémentine Beauvais s’autorise ne serait-ce qu’à s’interroger sur la majorité de prix littéraires décrochés par des hommes dans un secteur aux deux tiers féminin, la voilà confrontée à une levée de boucliers (eh, les gars, elle pose juste la question).

Et je ne parle pas des maisons d’édition qui cèdent aux sirènes commerciales en segmentant les lectures pour filles et celles pour garçons -avec les ravages que cela entraîne en matière de conditionnement. Et des nombreux ouvrages qui continuent -souvent sans même en avoir conscience- d’assigner aux parents, enfants, animaux, des rôles clairement marqués par une vision binaire de la société.

J’entends déjà les sempiternelles objections: “Mais ça va beaucoup mieux, voyons!”, “Les enfants sont capables de faire la part des choses” (ben tiens!), ou encore “Franchement, y a pas plus grave comme sujet?

Eh bien NON!

Cette question est ABSOLUMENT FONDAMENTALE. Loin d’être acquise, l’égalité entre les femmes et les hommes, entre les filles et les garçons, et a fortiori la lutte contre toutes les formes de stéréotypes et la promotion d’une représentation équitable des diversités dans la littérature, forment un enjeu essentiel. Parce que l’égalité ne progresse que trop lentement, il faut sonner la charge en ordre groupé. Et sans attendre. J’ai donc envie de dire: Taïaut!

sexisme littérature jeunesse gwenaëlle doumont

© Gwenaëlle Doumont

La Charte doit s’engager! Association pour les auteurs par les auteurs, riche de 1 300 membres, la Charte est au cœur de la chaîne du livre jeunesse. Je l’invite aujourd’hui à prendre ce problème à bras le corps et à faire ce qu’elle sait faire de mieux: tirer profit des bonnes volontés, des bonnes âmes et de toutes les énergies positives et progressistes pour FÉDÉRER et faire évoluer les mentalités. 
Qu’elle fasse fructifier l’action de toutes celles et tous ceux qui chaque jour œuvrent dans leur coin pour que filles et garçons, femmes et hommes puissent enfin se réaliser dans leur vie, hors de toute projection sexiste et stéréotypée! Qu’elle conjugue les atouts de nos initiatives isolées pour décliner un programme ambitieux et concret!

 

1. L’état des lieux

Il est urgent de dresser un bilan exhaustif du secteur -que je redoute peu glorieux: combien d’héroïnes pour combien de héros dans les livres jeunesse? Combien de mamans ourses s’obstinant à porter un tablier quand leur crocodile de mari bricole trankilou? Quels écarts de rémunération entre les femmes et les hommes? Quelle représentation des uns et des autres dans les salons, colloques, prix littéraires ?

Quelle parité dans les volumes d’achats des collectivités locales? En partenariat avec tous les acteurs de la chaîne du livre, en concertation avec les institutions et l’État (Eh Manu, tu m’entends toujours?), dotons-nous des indicateurs qui nous permettront de hiérarchiser les domaines d’action et de mesurer les progrès réalisés.

 

2. La boîte à outils

Il est urgent de diffuser les bonnes pratiques. Toi auteur, toi bibliothécaire, toi éditeur qui fourmilles de bonnes idées pour que la littérature jeunesse propose un prisme moins stéréotypé de la société, ton savoir est précieux: identifions ce qui fonctionne à l’étranger, en local, à grande échelle, partout en France, pour diffuser ces outils à tous les acteurs du secteur. Proposons des formations dédiées et des actions de sensibilisation: comment déconstruire ses propres stéréotypes? Comment écrire des personnages hors clichés? Comment faire passer le message? C’est par la somme de tous ces apports que le secteur dans son entier pourra effectuer sa mue et gommer ses représentations sexuées.

 

3. La vitesse supérieure

Il est urgent d’arrêter de tergiverser. Quels que soient les arguments qu’on leur oppose, des mesures comme l’obligation de parité sur les listes de candidats en politique, ou l’instauration de quotas dans les conseils d’administration font avancer les choses dans le bon sens -notamment en multipliant les modèles de projection pour les femmes. Alors interrogeons-nous sur les moyens contraignants à notre portée: instauration d’un label pour les achats en bibliothèques? Boycott des éditeurs sexistes? Sanctions, pénalités, obligation à transparence sur les rémunérations? Autant de pistes qui pourraient accélérer les choses.

Toutes vos idées sont les bienvenues. Car tous les moyens, toutes les volontés et tous les engagements féministes sont bons à prendre dès lors qu’ils tendent vers un même but. Dès à présent, je vous invite à me faire part de vos commentaires, de vos idées, de vos actions et de vos témoignages à l’adresse mail dédiée: stop.sexisme@yahoo.com.

Et ensemble, avec la Charte, menons ce vaste chantier pour qu’enfin sexisme, stéréotypes, clichés et discriminations ne soient plus qu’un mauvais souvenir dans la littérature jeunesse.

Chiche?

Cette tribune a été publiée initialement sur le site Actualitte.com


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